©F. Hermine
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Les cuvées d’exception du Beaujolais avec ses dix crus étaient de sortie à Paris pour montrer le talent des domaines qui montent depuis une décennie, ceux repris par la nouvelle génération et ceux des nouveaux arrivants dans le vignoble.

« Le Beaujolais explose avec les nouvelles énergies sur une grande palette de styles. Nous ne devons plus parler du beaujolais seulement le 3ème jeudi de novembre mais faire connaître nos vins qui restent des grands bus conviviaux en attendant de devenir un jour de grands crus » a annoncé en préambule Philippe Bardet, vice-président de l’Interbeaujolais pour présenter  le grand diner-dégustation des beaujolais d’exception qui se tenait à Paris la semaine dernière. Un événement exceptionnel « pour remettre à l’esprit des professionnels et des prescripteurs nos vins avec bien sûr des enjeux de référencements, précise Cécile Bossan-Redon, déléguée générale de l’interprofession depuis l’année dernière. Pour le grand public, nous prévoyons une deuxième édition de Bienvenue en Beaujonomie ». Ce festival œnobistronomique en région du 17 au 19 juin proposera une formule façon table d’hôtes pour faire découvrir aux visiteurs les vins chez une quarantaine de vignerons. L’occasion de redécouvrir les grandes maisons mais aussi de découvrir les domaines familiaux repris par la nouvelle génération et les nouveaux vignerons venus d’une autre région ou même d’un autre univers.

Mieux diffuser les infos

Sur un total de 250 vignerons, il sont une cinquantaine à s’être installés depuis moins de 7 ans. La plupart d’entre eux se sont engagés dans des labels environnementaux, notamment en bio cette dernière décennie sans oublier que le Beaujolais est la terre d’origine du label Terra Vitis. Quelques-uns se sont même regroupés pour avancer dans les pratiques d’agroforesterie et agroécologie telle l’Association Vignerons et Vigneronnes du Vivant qui fédère depuis deux ans plus d’une vingtaine de domaines. « Beaucoup de jeunes sont intéressés par notre vignoble mais l’obstacle majeur reste de trouver du bâti face à une pression foncière croissante dûe à la proximité de l’agglomération lyonnaise avec un effet covid démultiplicateur, souligne Cécile Bossan-Redon. Nous essayons donc d’anticiper les cessions bien avant la retraite des exploitants et de privilégier par exemple les cuveries partagées car les exploitations moyennes avoisinent les 10-12 ha tandis qu’un jeune qui s’installe préfère souvent se lancer avec 4 ou 5 ha ». Aujourd’hui la principale préoccupation de la filière beaujolaise est de multiplier les sources d’information pour mieux diffuser les renseignements sur les cessions ou les locations de vignes, y compris au niveau national, et de travailler à la mutualisation pour aider les jeunes à se lancer en diminuant les coûts. « D’autant qu’il faut désormais faire plusieurs métiers en un, complète Angela Quiblier du Domaine des Jeunes Pousses. Il faut s’occuper des vignes, faire du vin, savoir en parler et le commercialiser mais il faut reconnaître que le Beaujolais est une terre d’accueil très chaleureuse et à peine installés, on nous a vite proposé des terres à l’achat ou en fermage ».

Plus d’atouts que de contraintes

Après une enquête auprès des vignerons de plus de 50 ans (la moitié des exploitants devraient être partis à la retraite dans 10 ans), la Chambre d’Agriculture du Rhône en partenariat avec InterBeaujolais a donc lancé une nouvelle étude auprès des vignerons récemment installés pour mieux cerner leurs attentes et leurs besoins. Il ressort parmi les principaux atouts du territoire, l’attrait de la région, le prix des vignes, le terroir et la proximité de Lyon; en matière de paysage la beauté de la nature, sa diversité et son relief et côté filière, le rapport qualité-prix des vins, l’avenir commercial et la qualité produit. « Ils mettent également en avant quelques contraintes » détaille Marc Robin, en charge du renouvellement des générations en Beaujolais à la Chambre d’Agriculture. « Pour le territoire, le prix du foncier, l’âge du vignoble, le manque de mise en valeur en lien avec la réputation. Pour les paysages sont cités minoritairement l’arrachage de vignes et des difficultés liées aux pentes pour la mécanisation des surfaces ce qui induit des coûts de production plus élevés. Concernant la filière, certains évoquent le prix pas assez valorisés des vins et la mauvaise image du vignoble, même si les choses ont déjà beaucoup changé ces dernières années ». Parmi les plus prometteurs dans les dernières générations qui ont repris les domaines familiaux ou des vignerons arrivés depuis moins d’une décennie, Frédéric Berne, Les Capréoles (Cédric Lecareux), Château de la Chaize (Christophe Gruy), Louis-Claude Desvignes (Claude Emmanuelle et Louis-Benoit Desvignes), Dupré Goujon (Guillaume Goujon, Sébastien Dupré), Grégoire Hoppenot, Les Jeunes Pousses (Angela Quiblier et Hugo Foizel), Domaine Large (David Large et Celia Rostand), Maison Le Nid (famille Lardet) Yohan Lardy, Philippe Viet…

Photo: F. Hermine