De gauche à droite, Noel Bougrier, Serge Tintané, Valérie Pajotin, René Moréno, Bruno Kessler, et Laurent Delaunay.
(photos ©DR et ©F. Hermine)
De gauche à droite, Noel Bougrier, Serge Tintané, Valérie Pajotin, René Moréno, Bruno Kessler, et Laurent Delaunay. (photos ©DR et ©F. Hermine)

Les Vins de France ont fêté leur 10e anniversaire au musée du Quai Branly, face à la Tour Eiffel. Le président de l’Anivin Serge Tintané et la directrice Valérie Pajotin en ont profité pour revenir sur les clés du succès.

Il y a dix ans, les Vins de Table se métamorphosaient en Vins de France dans le cadre de la refonte de la nomenclature européenne et créait la catégorie des vins de cépage avec millésime pour partir à la conquête de l’export. “Une poignée de vignerons et négociants pariaient alors sur une France capable de répondre au marché mondial avec des vins de cépage, et se donnait comme mission d’apporter un espace d’innovation et de liberté” explique Serge Tintané, le président de l’interprofession Anivin de France. La catégorie n’est plus celle des vins déclassés mais une dénomination à part entière qui représente désormais 354 millions de cols éq.75 cl vendus dans le monde, soit 10% de la production nationale avec 744 metteurs en marché. Près des trois quarts des volumes sont expédiés à l’export, pesant 16% des exportations françaises de vin tranquille. Le principal marché reste l’Union Européenne, notamment l’Allemagne et les Pays-Bas, mais le marché nord-américain progresse fortement depuis cinq ans bénéficiant d’une belle valorisation (les ventes de vins de cépages et millésimés y ont été multipliés par sept en six ans pour atteindre 10 millions de bouteilles). En forte hausse également, les débouchés vers l’Australie, le Canada, la Suède. Car si les acheteurs étrangers ne sont pas forcément familiers avec les appellations françaises, ils reconnaissent que “le label France est devenu un vrai cachet” avoue Dionisio Chaves, acheteur chez Zona Sul au Brésil. “C’est une catégorie claire, facile à comprendre, innovante et d’un excellent rapport qualité-prix” analyse Julie Nelson, acheteuse chez Cost Plus World Market aux Etats-Unis. Les vins sont positionnés en moyenne entre 7 et 13,99$ sur le marché américain.

Un terrain de jeu pour winemakers

Les vins de cépages et millésimés (près de la moitié des bouteilles exportées) s’implantent doucement dans la GD française, en particulier en période de foires aux vins “mais ce sont surtout les assemblages peu valorisés qui restent majoritaires dans l’Hexagone alors qu’à l’export, même les blends comme La Vieille Ferme ont une très belle image”, analyse Valérie Pajotin. “Nous pensions au début que ce serait une catégorie qui intéresserait surtout les gros opérateurs qui avaient besoin de vendre des volumes mais aujourd’hui, force est de constater que tous les vignerons ont désormais une cuvée en Vin de France pour s’amuser avec les cépages”, conclut le premier président de l’Anivin, Noël Bougrier. La catégorie est même devenue un véritable terrain de jeu pour les winemakers qui y trouvent une liberté de création pour tester de nouveaux profils de goûts et des cépages en provenance d’autres régions. “Les vignerons ont la liberté de créer des profils de vin qui correspondent aux attentes des consommateurs” complète Charles Cutteridge, acheteur chez Majestic en Grande-Bretagne. “Cela permet aussi de s’affranchir des aléas clima-tiques régionaux pour garantir aux consommateurs une qualité constante au fil des années” insiste Valérie Pajotin.

Chardonnay-sauvignon, duo de tête des vins de cépages

Parmi les principaux cépages vendus à l’export, le chardonnay et le sauvignon en blanc, le merlot et le pinot noir en rouge. “Nous voulions inciter les opérateurs à préciser les cépages au moins sur la contre-étiquette puisque c’est la clé d’entrée de la plupart des marchés étrangers mais dans certains pays comme les Etats-Unis, le pourcentage est obligatoire et on ne peut pas changer les étiquettes d’un millésime à l’autre quand l’assemblage varie, ne serait-ce que de quelques pour-cents. Ne pas choisir la mention de cépage permet aussi une plus grande liberté d’approvisionnement au-delà de la règle 85-15 en cas de besoin et un un vin comme le Kosmos de Gérard Bertrand ne peut pas inscrire le détail des sept cépages au pourcentage près”, reconnait Valérie Pajotin.

Un partenariat a par ailleurs été signé avec l’IFVV (Institut Français de la Vigne et du Vin) afin d’accompagner les premiers vignobles pilotes mis en œuvre dans l’Aude depuis deux ans et parrainés par les Grands Chais de France et Evoc-Vinadeis. 500 hectares sont prévus d’ici 2020. Ils sont plantés en cépages internationaux mais également en cépages résistants dans l’objectif de limiter les intrants, de supprimer les herbicides et d’étudier l’irrigation fertilisante en goutte-à-goutte.