A l’approche de Lille Tasting (6 et 7 juin), “Terre de Vins” est allé à la rencontre de Fabrice Matysiak, acheteur vin en charge de la région de Bordeaux chez Auchan Nord-Pas-de-Calais, pour le questionner sur les affinités des consommateurs du Nord-Pas-de-Calais avec les vins de Bordeaux.

Lille Tasting approche à grands pas. L’événement, organisé à la CCI Grand Lille par le magazine “Terre de Vins” les 6 et 7 juin prochains, est l’occasion de mettre en lumière la présence historique des vins de Bordeaux dans le Nord. “Terre de Vins” a interviewé Fabrice Matysiak – acheteur vin en charge de la région de Bordeaux chez Auchan Nord-Pas-de-Calais, à Villeneuve d’Ascq – sur la perception de ces crus par le public du Nord. La part des vins de Bordeaux dans les achats d’Auchan est conséquente, « globalement 40% » selon lui. Le professionnel sillonne trois mois par an le vignoble bordelais pour sélectionner les vins pour l’enseigne.

Le Nord est-il un marché traditionnel pour les vins de Bordeaux ?
Absolument, et de longue date. Après-guerre, les négociants de Libourne tels que Moueix ou Audy n’arrivaient pas à écouler leurs stocks auprès du négoce bordelais. Ils ont alors décidé de démarcher eux-mêmes le Nord-Pas-de-Calais et la Belgique.

Ces antécédents historiques ont-ils orienté les goûts des consommateurs du Nord vers les vins de la rive droite ?
La part de la rive droite dans les ventes d’Auchan reste élevée dans le Nord par rapport au reste de la France. Ces consommateurs recherchent des vins plutôt ronds, souples et typés merlot. Ils apprécient les vins de Saint-Emilion, Pomerol, Fronsac.

Et l’étiquette, c’est un paramètre important pour l’amateur du Nord-Pas-de-Calais ?
Traditionnellement, le consommateur du nord se fie beaucoup à l’étiquette, le statut du vin est encore un critère de sélection pour lui. Il a tendance à rechercher la mention « Premier cru », « Grand cru »…

Cette sélection par l’étiquette, c’est une différence avec la clientèle belge ?
Le client belge a une connaissance très poussée du vin. Il fait confiance à son palais et recherche un bon rapport qualité-prix, avant de s’attacher à l’étiquette. Il plébiscite de plus en plus certains médocs ou des vins de Côtes, entre 10 et 15 euros. Par exemple, les châteaux Marsau ou Puygueraud (Bordeaux Côtes-de-Francs) ont un joli succès là-bas. Mais il n’hésitera pas non plus à aller vers des vins étrangers si le rapport qualité/prix est plus intéressant que celui d’un Bordeaux.

Ce rapport qualité/prix n’est-il pas amené à devenir un critère déterminant dans le Nord avec les fluctuations de prix des Grands depuis quelques années ?
Il est vrai que depuis environ dix ans, on peut penser que ce phénomène va s’accélérer, ce que j’espère. Par exemple, pour ces raisons de prix, la clientèle s’est détournée du château Pavie (Premier Grand Cru Classé de Saint-Emilion) qu’ils aimaient il y a 30 ans. Mais elle est restée fidèle à des châteaux tels que Grand Corbin-Despagne (Grand Cru Classé de Saint-Emilion) ou Pavie-Macquin (Premier Grand Cru Classé de Saint-Emilion) qui ont su se maintenir à des prix raisonnables.

Propos recueillis par Laura Bernaulte