Le château de Taissy, ancienne propriété des Colbert, a été racheté par Virginie Taittinger, présidente du champagne Virginie T. Une jolie marque, fruit d’un beau parcours…

Dans les veines de Virginie coule le sang de deux dynasties du champagne. Du côté de sa mère, son aïeul Jacques Charles Kunkelmann, originaire de Mannheim, a fondé avec Henri Guillaume Piper, le champagne Piper-Heidsieck qui restera dans la famille jusqu’en 1988. Quant à son père, Claude Taittinger, il a été pendant toute la deuxième moitié du XXe siècle le principal artisan de la renommée du champagne Taittinger : « Ce qui m’a frappé le jour de la vente du groupe le 22 juillet 2005, alors que j’étais à Heathrow Airport, c’est de voir toutes les couvertures des journaux où figuraient les caves de la Maison, une entreprise qui réalisait 300 millions de chiffre d’affaires. Taittinger faisait partie des quelques noms connus dans le monde entier ! Et cela, c’est en une génération que mon père a réussi à le bâtir. La première étiquette ne date que de 1948. Lorsque je passais la douane dans les années 1970, on me demandait encore : « Taittinger, comme le ministre ? » A partir des années 1980, on a commencé à me demander : « comme le champagne ? »

Après un bac à 16 ans, Virginie fait une maîtrise de droit et l’ESC Reims. Elle commence par travailler pour la SEITA, puis en 1986 son père l’appelle à ses côtés, mais elle comprend qu’il lui sera difficile de faire sa place alors qu’il a déjà sa vision, son équipe. Germanophone, elle préfère s’occuper de l’export en Allemagne, en Suisse, et dans le Benelux, mais aussi sur les nouveaux marchés des pays de l’Est. « Une expérience passionnante ! J’ai vu la chute du mur de Berlin, Dresde et la reconstruction en quelques années à peine de son église, j’ai découvert tous ces pays de l’ancien bloc soviétique très European mind – il faut relire Kundera ! – qui n’avaient qu’une envie, boire du champagne. »

En 2007, Virginie est contrainte de quitter la Maison. « Qu’allais-je faire ? J’avais appris par la grande porte. Mais je n’étais pas entrepreneur, au contraire, j’adore avoir ma paye à la fin du mois ! J’étais aussi « une fille de », et là, automatiquement, on considère que vous êtes incompétente. Mais j’ai pensé à mes grands-parents. Jean d’Aulan qui s’est engagé en trichant sur son âge dans l’escadrille La Fayette avant d’être abattu. Son épouse Yolande avait quatre enfants. Tout le monde lui conseillait d’abandonner, les caves de Piper avaient été pillées et le marché n’était pas porteur. Mais elle a continué. C’est une course de relais, et moi-même, pour mes enfants, j’avais le devoir de persévérer. Enfin, une expérience d’un an où j’animais un talk-show à la télévision et où j’ai vu d’anciens animateurs que l’on évitait comme des pestiférés, m’a appris qu’il ne fallait jamais quitter le jeu, parce qu’après il est impossible de revenir. Vous connaissez la question qui tue : « Ah, comment vas-tu ? Et tes enfants ? Là, vous savez que vous êtes morte. »

Virginie décide donc de fonder sa propre maison: Virginie T.. Elle élabore en 2008 ses premières cuvées avec Manuel Janisson, avant de se doter d’une cuverie à Sillery. Avec son fils Ferdinand, elle développe une gamme où domine le pinot noir des grands crus de la face Nord de la Montagne. « Avant, les gens de Verzenay ou Mailly étaient contents d’échanger contre des faces sud, cela apportait de la puissance, aujourd’hui, c’est l’inverse, tout le monde cherche de la fraîcheur. » La Maison qui commercialise 100.000 cols, a développé une approche intermédiaire entre celle des grandes maisons et des vignerons. « Nous produisons parfois des champagnes de terroirs, par pédagogie. Nous avons par exemple fait un pur Verzy, bientôt nous proposerons un blanc de blancs de la Côte des blancs, et un blanc de blancs de la Montagne. C’est une façon de déconstruire la Champagne. Mais il faut faire attention, on peut s’en lasser. C’est comme un parfum 100 % chèvrefeuille, cela sent bien le chèvrefeuille, mais à un moment donné cela n’a pas l’élégance et la finesse de l’assemblage. »

C’est donc une gamme très expérientielle que Virginie T. nous propose, pleine de curiosités, où les cuvées ont toutes au moins six ans de cave. On retiendra par exemple ces deux millésimes 2009, l’assemblage est identique, mais l’un a été dosé en extra-dry, l’autre nature.

Terre de vins aime : Extra-dry 2009  Prix recommandé : 49€

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