Les fortes chaleurs de l’été et le déficit de pluviométrie ont impacté fortement les vendanges 2022. Ces contraintes importantes qui ont pesé sur la vigne ont-elles affecté la qualité du raisin ?

Christophe Capdeville le directeur d’exploitation du château Brane Cantenac parle « d’une climatologie particulière car depuis avril les températures ont été au dessus des normales saisonnières. De plus, la pluviométrie a été déficitaire depuis le mois de février, à l’exception du mois de juin mais cela n’a pas suffit a compenser le déficit global ». On constate donc que les baies sont petites, « sans doute davantage du fait de la chaleur que du manque d’eau » selon Edouard Miailhe le propriétaire du château Siran et Président du syndicat viticole de Margaux. Les jeunes vignes qui ont un enracinement moins profond ont souffert de ce manque d’eau si bien qu’à Giscours, Jérome Poisson, le régisseur, indique qu’ils ont «  commencé à vendanger avec les jeunes vignes et les conplants qui souffraient ». Christophe Capdeville constate que « les vieilles vignes avec un bon enracinement ont trouvé de l’eau, mais les vignes en général se sont arrêtées de pousser. Sur les sols sableux et graveleux notamment, les jeunes vignes ont des petites baies ».

Jérome Poisson se désole avec philosophie :  « les rendements sont petits : moins 30 %. Une situation qui était jouée dès juin, car c’est à ce moment là que le nombre de cellules est déterminé de manière quasi définitive. Il aurait fallu qu’il fasse un peu moins sec à la nouaison et qu’il pleuve en septembre car ces dernières pluies ont la vertu d’homogénéiser les raisins » ce qui ne fut pas le cas.  Les vendanges sont donc un « travail de précision car la vigne ne réagissait pas de la même manière au déficit hydrique selon son âge », conclut-il.

Mais …

Ces vendanges précoces (1 a 2 jours plus tôt qu’en 2003 année de la canicule) se font actuellement sous un ensoleillement permanent ce qui présente des avantages. Le premier est « un état sanitaire exceptionnellement parfait. Il n’y a pas de vendanges altérées » se félicite Antoine Médeville du laboratoire oenoconseil de Pauillac. Le second est que « les vendanges sont tranquilles » nous dit Christophe Capdeville : « les gens ne se pressent pas et ramassent au bon moment » sans se soucier du risque de pluie ou de ses conséquences (maladies cryptogamiques, dilution, …). Et parfois plusieurs passages dans les rangs peuvent être faits pour ramasser les raisins au meilleur moment, ce que permet cette météo clémente. Jérome Poisson ajoute que « le froid des derniers jours freine l’évaporation et le flétrissement, et permet d’attendre une maturation phénolique optimale». Car les peaux sont épaisses et riches en tanins et « les pépins sont très croquants » nous dit Antoine Médeville. « On a des couleurs magnifiques et des tanins assez soyeux. Les premières cuves de merlot sont très prometteuses ».

A Brane Cantenac on qualifie les « tanins de rustiques » et on confirme que « les peaux sont épaisses ». Des signes qui rappellent fortement le fameux 2010. Ce qui pourrait apparaître comme un défaut n’en est donc pas un, car la technicité sera là pour faire des extractions douces à des températures basses, autour de 25°C, comme le fait déjà Brane Cantenac (plus la T° est élevée, plus on prend le risque d’extraire trop de tanins, avec la probabilité d’avoir des sensations de rugosité excessive et de sècheresse). Et si les fortes chaleurs laissaient craindre des degrés d’alcool élevés, il n’en est rien sur les merlots : 13,5 %, c’est ce qu’annoncent les châteaux consultés. Les PH sont quant à eux corrects, à 3,50 , ce qui promet une belle fraîcheur et garantit un certain potentiel de garde. Brane Cantenac et ses voisins constatent « de la concentration et des tanins soyeux, une grande richesse aromatique, avec des fermentations qui sont sur le fruit frais et le fruit mur ». Edouard Miailhe va jusqu’à dire « qu’il y aura peut être moins de deuxième vin car la qualité est bonne ». Et d’ajouter : « Les raisins sont là mais on n’a pas énormément de jus. On peut être content de la qualité mais déçu de la quantité ».

De toute évidence, et malgré quelques similitudes climatiques, 2022 ne sera pas comme 2003, car si de nombreuses journées ont été chaudes, les nuits ont vu les températures baisser ce qui n’était pas le cas en 2003 où des surmaturités et des PH trop hauts ont signé le millésime.

De quoi rassurer donc.