C’est une jeune femme d’une énergie incroyable, avec toujours plein de projets en tête. Mathilde, la trentaine bouillonnante, n’est à n’en pas douter une Chapoutier.

Celle qui a commencé sa carrière comme championne de tir à la carabine 22 long rifle, en équipe de France, avant de partir faire ses armes dans la maison en dopant la distribution des vins en Chine, au Tadjikistan et en Ouzbékistan est revenue à la base rhodanienne pour agrandir les vignobles de la maison aujourd’hui 483 hectares) après un petit complément de formation à l’Essec et Centrale Supelec. Toujours en quête d’opportunités, elle aime avant tout sourcer les projets, monter les plans d’actions. Le portefeuille compte désormais plus d’une vingtaine de domaines dont la majorité en vallée du Rhône mais également en Espagne, au Portugal, en Australie, et une quinzaine de marques soit une production annuelle d’environ 10 millions de bouteilles. Parmi les dernières acquisitions en date, le domaine Saint-Etienne en Costières de Nîmes, quelques hectares en Côte Rôtie, une dizaine dans le Diois. Mathilde rêve d’autres domaines, peut être en Espagne où en Italie et en Sicile. “Mais pour l’instant, il faut digérer les acquisitions des dernières années. Intégrer un domaine est très excitant mais aussi chronophage ; heureusement que je travaille avec des passionnés”. La jeune entrepreneuse a monté également sa propre société de négoce M.Chapoutier Sélection afin de “proposer des vins d’un bon rapport qualité/prix pour des jeunes consommateurs et en faire un banc d’essai avant de développer d’autres gammes”. Au passage, elle a aidé Nelly France, ex-directrice commerciale de la maison familiale à lancer sa société de négoce avant de monter un domaine sur les hauteurs de Saint-Joseph.

Travailler en famille

A l’instar de son père Michel, la jeune femme est convaincue de l’intérêt de développer la production de blancs qui représentent déjà 35% dans la maison Chapoutier. “Ils se marient quasiment avec tout, se boivent dès l’apéritif et correspondent à l’évolution des modes de consommation. C’est la raison pour laquelle nous plantons des cépages blancs chaque année. Les bulles suivent la même tendance”. Elle avoue d’ailleurs un faible en ce moment pour le saint-péray Esteban.

Mathilde aime travailler en famille. “On discute toujours des idées avec mon père qui suit la ligne directrice des vins mais je travaille davantage avec ma mère au quotidien car le commercial est très lié au marketing”. Son frère Maxime, un autre M pour Chapoutier, suit plutôt les équipes techniques rhodaniennes et les relations au vignoble tout en faisant des expériences de distillation de bière et de gin à côté du chai. “L’avantage de travailler en famille est de pouvoir échanger sans détour”.
Mathilde est à la tête d’une escadrille d’une trentaine de commerciaux à l’export, en charge de développer la distribution à l’international, et d’une vingtaine de représentants exclusifs dans l’Hexagone, “pour être plus près des restaurateurs et mieux cerner leurs besoins”.

En parallèle, elle suit les ventes en e-commerce et au caveau. Elle a piloté également le dossier œnotouristique Fac & Spera (Fais et Espère, la devise de la maison) avec un nouvel hôtel-spa d’une soixantaine de chambres dans la rue du docteur Paul Durand à Tain, face aux bureaux du groupe, et la chaîne de cavistes du même nom dans des halles de centres-villes. Désormais, elle planche sur un projet de nouveau caveau dans la même petite rue, face à la gare de Tain. Il comprendra également une école du vin, un musée, un centre d’activités, des locaux pour des artisans et des artistes de la région…