Moët & Chandon a dévoilé hier son grand programme de préservation de la biodiversité. Lancé à Fort Chabrol, cœur historique de la recherche viticole de la Maison, celui-ci envisage à terme la plantation de 100 km de haie, et entend travailler en étroite collaboration avec les différents acteurs locaux.

Pour inaugurer son programme « Natura Nostra » consacré à la préservation de la biodiversité, Moët & Chandon ne pouvait choisir de meilleure date que le 25 novembre, jour de « La Sainte Catherine » où comme chacun sait « tout bois prend racine »! La sélection du site de Fort Chabrol comme point de départ de cette révolution viticole ne doit, elle aussi, rien au hasard. Construit en 1900, c’est dans ce centre de recherche qu’a été planifié la grande conversion du vignoble aux plants greffés au moment de l’invasion phylloxérique. Quant au nombre d’arbres planté, il renvoie à la date de la fondation de la Maison : 1743. Un chiffre qui ne tardera pas à être dépassé puisque chacun des cinq domaines de Moët & Chandon sera doté d’ici 2022 de ses propres haies dont la longueur devrait atteindre à l’horizon 2027 100 km !

Le projet de Moët & Chandon a été mené en collaboration avec la mairie qui a missionné la société NaturAgora Développement pour réaliser un inventaire de la biodiversité de la commune en 2019. Celui-ci a permis d’identifier les différents corridors de biodiversité qui pourraient être renforcés. Parmi eux figurait ce vignoble de 15 hectares stratégiquement situé entre les deux grands réservoirs de biodiversité que constituent la forêt d’Epernay et la forêt de la Montagne de Reims. On aurait pu penser que la vigne, dans la mesure où elle forme un continuum végétal, offrait déjà le meilleur aménagement possible, mais en réalité la perte des éléments structurant le paysage et plus particulièrement des haies et des bandes enherbées, a rendu le passage des différentes espèces plus compliqué.

L’inventaire a été l’occasion d’un premier état des lieux de la zone. Concernant la flore, on a relevé dans les vignes 68 espèces dont certaines comme l’Orchis Bouc, ou la Rhinante velu, sont très rares.  Une vraie richesse même si Maëva Remy, la naturaliste du bureau d’études souligne « qu’elles ont été vues en périphérie et non au cœur des vignes« . L’analyse de la faune a déjà conduit au recensement d’une cinquantaine d’espèces dont la moitié sont protégées. Un élément central dans l’analyse de la biodiversité consiste dans l’évaluation de leur interaction avec le milieu. Viennent-elles seulement se nourrir ? Sont-elles en transition pour se déplacer vers un autre lieu ? Se reproduisent-elles sur place ? « La notion de reproduction est centrale, d’une part parce qu’elle pérennise l’espèce, mais aussi parce qu’il s’agit d’un moment clef. Pour les oiseaux par exemple, c’est pendant cette période qu’ils vont fortement s’alimenter et consommer les ravageurs de la vigne comme le ver de la grappe. Or on constate qu’on a des cortèges très différents selon les saisons ce qui est dû à la physionomie très contrastée de la vigne entre l’hiver, où les sols sont nus, et l’été. » L’intérêt des haies sera justement « d’avoir toute l’année des habitats pour la faune, et de lui donner des endroits où elle pourra se reproduire, se cacher, se nourrir, mais aussi grâce auxquels elle pourra se repérer. La haie est un écosystème à part entière !« 

Pour planter ces haies, la Maison a dû exploiter tous les interstices disponibles, multipliant ici et là les bosquets ou profitant d’un chemin pour aligner une rangée d’arbres qui seront soigneusement taillés en trogne. Cette conduite évite qu’ils ne procurent trop d’ombre et limite en même temps leur développement racinaire, susceptible de concurrencer l’approvisionnement de la vigne. On notera parmi les nouvelles créations de haies, les « haies de Benjes» constituées d’amas de branches mortes. Visitées par des petits mammifères et des oiseaux, elles se transformeront bientôt en véritables haies grâce à leurs déjections porteuses de graines des espèces végétales environnantes. Elles permettent aussi de recycler sur place les branches mortes des vignes et de constituer des réservoirs de matière organique.

Le maintien des milieux ouverts tels que les prairies et les talus est également très important. « Depuis les années 1990, 40 % de ces espaces ont disparu en Champagne. » Ils sont pourtant essentiels au maintien des fleurs pollinisatrices. D’où l’intérêt d’avoir une diversification des types d’enherbement au sein des inter-rangs et de ne pas travailler seulement sur les périphéries, avec par exemple des rangs comprenant de la végétation haute, des rangs avec une végétation tondue plus régulièrement qui hébergera d’autres essences herbacées, et des rangs de sols nus qui ont aussi leur intérêt pour certaines espèces. On obtient ainsi une véritable mosaïque d’habitats sur l’ensemble du site et, là-encore, une faune et une flore présentes sur une période plus longue au cours de l’année.