©F. Hermine
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Alors que l’interdiction du glyphosate tarde à se mettre en place, Patrimonio sera dans quelques semaines la première appellation de France et même du monde à avoir inscrit dans son cahier des charges l’interdiction des désherbants chimiques de synthèse.

« Il n’y aura plus de glyphosate dans les vignes et pas seulement dans les interrangs mais aussi sous le rang »,  annonce fièrement le jeune président de l’AOP corse Mathieu Marfisi. La décision votée il y a deux ans avait été prise à l’unanimité après que cet herbicide controversé a été déclaré cancérigène par l’Organisation Mondiale de la Santé. Monté en partenariat avec le Giac, organisme typiquement corse qui regroupe l’ensemble des syndicats d’AOC et gère les relations avec l’Inao, le dossier avait pris du retard (il devait entrer en vigueur en février 2021), crise covid oblige. Le décret devrait enfin être officialisé en février pour un millésime 2022 sans glyphosate.

Presque tous en bio

Sur une quarantaine de vignerons (pour 458 ha de vignes), seuls sept utilisaient encore en 2019 le désherbage chimique et s’étaient engagés à l’arrêter (sous peine de devoir retirer l’appellation Patrimonio de leurs étiquettes à la sortie du décret). « La décision d’interdire les herbicides est d’autant plus importante que les parcelles de Patrimonio sont très imbriquées les unes dans les autres, précise Mathieu Marfisi. La quasi totalité des producteurs sur ce territoire travaillent déjà en bio mais nous n’avons pas souhaité encadrer cette démarche dans le cahier des charges car la décision de supprimer le glyphosate implique déjà un gros travail mécanique des sols, notamment pour que la vigne résiste mieux à la sécheresse et qu’il n’y ait pas de perte de rendements,. Et le bio nécessite encore plus de main d’œuvre. De toute façon, jusqu’à très récemment,  l’Inao ne voulait pas qu’une appellation fasse référence à un autre cahier des charges, même bio ».

Les trois plus grands domaines de Patrimonio sont déjà certifiés (Orenga de Gaffory et Montemagny) ou en conversion (Clos Teddi, Lazzarini). Parmi les exploitations également en conversion bio, Paradella (7 ha), Jean-Noël Grossi (3 ha), et Napoleon Brizi (12 ha). « Ce sera aussi bien sûr un argument de vente supplémentaire pour les consommateurs, de plus en plus en attente de ce type de démarche, reconnait Mathieu Marfisi. D’ici dix ans, il faudrait réfléchir à l’interdiction de tout engrais chimique et l’inscrire dans le cahier des charges, surtout pour donner un signal fort aux nouveaux arrivants car notre vignoble est très attractif et on enregistre de nouvelles installations chaque année ». De l’autre côté de l’île, la dizaine de domaines de l’appellation Calvi sera entièrement certifiée bio en 2023 mais à titre individuel, sans modification du cahier des charges.

M. Marfisi ©F. Hermine

Un classement exceptionnel en Grand Site de France

Le vignoble de Patrimonio avec le golfe de Saint-Florent baptisé Conca d’Oru (la conque d’or) est labellisé Grand Site de France depuis 2017. Seuls une cinquantaine de territoires en bénéficient en France. Un classement renouvelable tous les six ans pour garantir la préservation de paysages exceptionnels et fragiles afin de les transmettre aux générations futures. Celui de Patrimonio bénéficie d’une forte thématique viticole qui protège le vignoble, même si le périmètre du Site est plus large. Le problème des effluents viticoles, point noir du dossier, a été réglé avec la construction de deux mini-stations de traitement.

Côté promotion, une toute nouvelle Maison du Grand Site ouvrira au printemps sur le port de Saint-Florent; restera à trouver une solution pour la Maison des Vins de Patrimonio, propriété de la mairie, abandonnée à peine construite à cause d’un imbroglio administratif et financier. Ne servant plus que pour quelques réunions et activités du village, elle est à remettre en état après une expertise en cours, une évaluation des responsabilités et du budget nécessaire.

Dans le cadre du Grand site géré par un collège d’élus, de vignerons et de collectivités territoriales, l’appellation devrait également obtenir des aides pour restaurer les murs en pierre et les cabanons du vignoble, anciens abris de bergers en pierre sèche appelés pagliaghji (ou paillers). Plus d’une centaine ont été recensés. Un premier « pailler-pilote » sera bientôt réhabilité. Au vigneron de fournir les pierres et un peu de main d’œuvre, au Grand site de procurer l’appui d’équipes spécialisées. Autant d’atouts pour favoriser et promouvoir un tourisme durable dans le vignoble de Patrimonio.