Créer leur maison de champagne, en partant de rien, sans vigne, sans réseau, sans capital, Guillaume et Pauline Bonvalet l’ont fait. Ils nous ont raconté leur aventure !

Dans le monde des maisons de champagne, les créations ex-nihilo de nouveaux entrants se comptent sur les doigts de la main. La raison ? Il s’agit d’une industrie lourde qui, compte tenu des durées de vieillissement, immobilise longtemps les capitaux. Le raisin est rare et cher tandis que les vignerons livreurs, fidèles depuis des générations aux grandes marques, ne changent pas d’écurie sur un coup de tête. Sans parler du Comité Champagne, très rigoureux dans l’attribution des cartes de négociant-manipulant.

L’histoire de Guillaume et Pauline Bonvalet nous montre cependant que l’aventure est encore possible. Originaire de l’Oise, Guillaume débarque à Reims adolescent où il tombe devant l’une des premières affiches de l’instant Taittinger. Un coup de foudre ! Il n’aura désormais qu’une obsession, créer un jour sa propre maison. Comme il n’a aucune connexion dans le milieu, il passe ses étés à travailler chez les négociants à la palettisation, au tirage, au dégorgement… Il intègre une école de commerce puis Saint-Cyr, avant de rejoindre les équipes de grandes maisons comme Taittinger ou Laurent-Perrier à des postes de commerciaux mais sans jamais perdre le lien avec la partie technique : « J’ai toujours demandé à faire des intégrations qui passent au minimum par deux semaines dans les caves ».

En 2012, il se lance enfin en tant que marque d’acheteur, en élaborant son champagne chez un vigneron qui lui prête ses caves. « J’ai sorti mes 2000 premières bouteilles en 2014. Mon bureau, c’était ma voiture ! Je m’occupais de la commercialisation, des livraisons, du service après-vente, tout ! Certains clients me prenaient pour le livreur, et me disaient je connais Monsieur Bonvalet ! Je leur répondais : vous avez de la chance, on ne le voit pas beaucoup… Financièrement, c’était difficile, je me souviens avoir fait des ventes jusqu’à 21 heures le soir de Noël. Une fois, j’avais chargé 300 bouteilles dans ma vieille Megane pour aller en Belgique avec mon épouse, nous en avions jusque sur les genoux. Notre valise personnelle, pour pouvoir tenir, avait été décomposée, les chaussettes étaient dans la boîte à gants… Je vendais partout, cela m’est même arrivé dans des toilettes publiques, à un monsieur interpelé par mon tea-shirt floqué ! Il est aujourd’hui notre plus vieux client…» Les volumes progressent jusqu’à ce qu’en 2017 l’espace dévolu chez le viticulteur ne soit plus suffisant.

Guillaume décide alors de devenir un véritable négociant-manipulant. Avec Pauline, ancienne de chez Mars et Loréal, ils montent un projet d’investissement de trois millions d’euros pour créer un bâtiment de production à Pierry. L’idée est audacieuse, d’un côté l’élaboration du champagne Bonvalet, de l’autre une distillerie ultra moderne capable de travailler à façon pour les vignerons sur des petits volumes et d’élaborer leur vodka, leur fine ou leur ratafia à part, sans les mélanger, préservant ainsi, pour ceux qui en bénéficient, la certification bio… La distillerie permet également de rencontrer de nouveaux vignerons qui peuvent devenir à terme des livreurs pour la marque de champagne.

Le couple met sur la table ses économies : « là où d’autres à notre âge investissaient dans l’achat de leur appartement, nous avons tout placé, environ 150.000 euros, dans notre entreprise. » Derrière, il faut convaincre les banques, et pour la distillerie construite dans un second temps, de nouveaux actionnaires. Pauline se revoit à la maternité alors qu’elle venait d’accoucher présenter en visio-conférence son prévisionnel. « Les premières banques s’esclaffaient en plein entretien nous prenant pour des fous. C’était aussi l’histoire du chat qui se mange la queue. D’un côté le CIVC nous demandait de prouver que nous avions les financements pour notre cuverie avant de nous donner la carte NM, de l’autre les banques nous demandaient la carte NM pour obtenir des financements. Finalement le CIVC a accepté, chose exceptionnelle, de nous accorder une carte provisoire. »

Le bâtiment capable de produire 200.000 bouteilles finit par sortir de terre. Mais les débuts, en plein covid, sont difficiles. Guillaume explique : « Pour lancer mon activité de NM, j’avais créé une nouvelle société qui n’avait généré aucune activité les années précédentes, je ne pouvais donc pas m’appuyer sur les PGE. Il y a eu des nuits difficiles. Heureusement, les ventes sont reparties. Pour ce premier semestre 2022, nous sommes déjà à 35.000 bouteilles vendues ! »