(Constance Donnadieu - Domaine de la Salade Saint Henri)
(Constance Donnadieu - Domaine de la Salade Saint Henri)

Les vendanges 2020 en Pic Saint-Loup resteront comme parmi les plus courtes de l’histoire de l’appellation. La plupart des vignerons ont tout rentré en trois à quatre semaines avec la maturité désirée. Le regard se porte désormais sur le millésime qui s’annonce gourmand.

Vendredi 18 septembre 2020. La fatigue se lit sur les visages au Château de Lancyre, à Valflaunès. Notamment celui de Régis Valentin, le vigneron du domaine, qui vient de rentrer ses dernières grappes de mourvèdre : “On a débuté les vendanges le 31 août et on a déjà fini. D’habitude, ça nous prenait presque cinq semaines. Trois semaines pile poil, je n’ai jamais vu ça !” Pour ne pas perturber la maturité des baies, il a fallu ramasser rapidement. Propriétaire du domaine familial depuis 1995, le président de l’appellation Pic Saint-Loup justifie cette précocité par une météo parfaite, idéale pour le cycle de la vigne. “Contrairement à l’an passé où les vignes n’ont pas eu de répit, on a eu un été sec mais pas trop chaud et avec des nuits très fraîches, et des pluies au bon moment.” Mais tout n’a pas été parfait non plus. La gelée du 26 mars est venue rappeler que le printemps peut aussi amener son lot de stress. “On a quand même perdu 30% de nos blancs et quelques hectares de Syrah, rappelle Martin Orliac du Domaine de l’Hortus. Et la crise sanitaire nous a privés de main d’œuvre au moment de l’ébourgeonnage. On a beaucoup puisé dans les réserves.”

“Je parie sur un millésime de patience”

Heureusement, cette année, le travail porte ses fruits puisque le millésime 2020 s’annonce succulent. “Ah oui, c’est une belle année ! confirme le vigneron de 38 ans. C’est mûr, les jus sont jolis, il y a moins de degrés que l’année dernière donc les vins seront moins puissants, toujours avec de très beaux tanins et une belle gourmandise. A mon avis, ce sera un millésime très élégant !” Pour autant, il a fallu jongler avec les difficultés (fatigue, cadence, nuisance des sangliers) mais aussi récolter avec délicatesse et tact pour conserver tanins et arômes. “C’est notre lot quotidien en tant que vigneron. Sans cesse s’adapter, ça permet de rester jeune, plaisante Anne Donnadieu du Domaine de la Salade Saint-Henri à Saint-Mathieu-de-Tréviers. On a aussi remarqué des différences de maturité sur les grappes. On a tout fait pour ne pas les bousculer pour éviter un trop plein de réaction. Je parie sur un millésime de patience, un vin à première vue fermé qui demandera du temps pour s’ouvrir. Mais ce sera bon, c’est certain !”

Une année à grenache ?

Un vrai Pic Saint-Loup en somme : fruit, fraîcheur et complexité. Avec moins d’alcool comme pour le haut de cuvée Aguirre de la famille Donnadieu. “D’ordinaire, je frise un bon 15°, cette fois-ci, ce sera un petit 14,5 et pourtant j’ai ramassé tard”, précise la vigneronne. Constance, sa fille, œnologue de formation, a été emballée par un cépage en particulier : “Je suis sûr que ce sera une année à grenache !” Moins stressé avant la floraison et maintenu par une vigne vigoureuse, le grenache n’a pas coulé comme il est de coutume au printemps. “Et les couleurs sont justes magnifiques, ajoute Constance, amenée à reprendre le flambeau dans quelques années. Les tanins sont présents mais il y a en revanche peu d’acidité.” Mais syrah et mourvèdre ne sont pas en reste même s’il y a moins de jus. “Dans l’ensemble, les volumes sont vraiment intéressants et les vignerons sont contents, conclut Régis Valentin. Après des mois compliqués, ça fait du bien de voir des sourires !”

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Photo ci-dessus : Domaine de l’Hortus