Propriétaire du Château de Laubade en Armagnac ou du Château Haut-Selve dans les Graves, la famille Lesgourgues dirige également depuis 2000 la société d’import basée à Manhattan Baron François. C’est à ce titre que Terre de Vins donne la parole à Denis Lesgourgues, en vue de la campagne des primeurs qui approche.

Comment se porte votre société d’import basée à Manhattan par ces temps houleux ?
L’année 2020 aura été une année extraordinaire dans le sens étymologique du terme ! Cela faisait de nombreuses années que nous n’avions pas cumulé autant de facteurs extérieurs aussi adverses : taxes Trump sur les vins français, COVID, mouvements sociaux et politiques (Black Lives Matter, invasion du Capitole, élection présidentielle). De nombreuses entreprises d’importation de vins et spiritueux ont réduit considérablement leurs effectifs ou même certaines ont dû fermer. Nous avons fait le pari de passer le cap, en misant sur le développement auprès des wine shops, pour compenser les pertes en restauration, et en prenant soin de notre équipe et de nos vendeurs (25 personnes). Nous avons même ouvert juste avant les fêtes de Thanksgiving les États de Washington State, Virginie et Maryland avec deux commerciaux couvrant cette zone qui connaît depuis quelques années un beau développement. Enfin, nous avons lancé avec succès de belles marques comme Henri Giraud en Champagne. Il est réjouissant de voir qu’une ville comme New-York qui a été « sous cloche » pendant plusieurs mois, se réveille à nouveau : les terrasses et salles des restaurants accueillent à nouveau du public et la suspension de la taxe nous sera très favorable.

Comment les acheteurs américains abordent-ils la campagne des Primeurs qui arrive à grands pas ?
Ce qui a été vécu en 2020 se renouvellera en 2021 car je ne vois pas comment les acheteurs de primeurs voyageront à Bordeaux avant l’été ou même avant le mois de septembre. Mais cette campagne devrait être boostée par un beau millésime et des taxes suspendues, à condition que les tarifs des propriétés restent compétitifs comme le 2019 dont le signal de baisse avait été positivement perçu par le marché.

Les propriétaires de winery aux Etats-Unis ont-ils bénéficié des taxes sur les vins français ?
Les grands gagnants, qui sont les concurrents directs des vins français, ont été les vins italiens. Il était incompréhensible que nos vins soient taxés, et pas les leurs. Oui, les vins californiens ont certainement profité de la moindre attractivité des vins français mais d’une part, leurs visitor centers étaient fermés à cause de la COVID (qui représentent souvent une part non négligeable de leurs ventes) et les vins premium de Californie ont été durement touchés par la fermeture des restaurants dont ils dépendent beaucoup plus que d’autres vins, notamment dans le Midwest et les États du Sud (Texas, Floride…)

L’administration Biden est-elle plus lisible ?
Oui, très certainement. Le dialogue entre Biden et Ursula Von der Leyen (présidente de la Commission européenne, NDLR) a débuté sur de très bonnes bases. Et l’annonce de la suspension des tariffs pour 4 mois est un excellente nouvelle pour la filière française des vins et spiritueux.

Vous distribuez également des spiritueux, à commencer naturellement par les armagnacs du Château de Laubade, qu’en est-il de la santé de cette catégorie ?

Dans le contexte COVID, nous n’aurions pas espéré faire une année aussi aboutie pour le Château de Laubade aux Etats-Unis… Déjà leader de la catégorie après une décennie de croissance, nous terminons l’année avec +43% sur nos expéditions par rapport à 2019 ! Non seulement, les ventes en restaurants et bars sont moindres pour l’armagnac, et à l’inverse, les cavistes et les sites internet ont fait des scores de ventes jamais atteints. Notre socle de consommateurs de Laubade s’est élargi et c’est cela notre plus grande satisfaction. Les amateurs de whisky premium, de bourbon et de cognac ont découvert l’armagnac et ils l’aiment. Le Château de Laubade bénéficie d’un réseau de distribution qui lui a permis de bénéficier de cette tendance positive qui, nous l’espérons, se confirmera en 2021.