A deux semaines des primeurs, le château Latour met en marché le millésime 2006 et le 2012 pour les Forts de Latour. En bon Premier mais à contre-courant, il ouvre le bal.

Voilà désormais six ans que le château Latour avait mis un pavé dans la mare en se retirant du circuit des primeurs. « Nos vins seront mis en marché au moment où nous estimerons qu’ils sont prêts à boire, et, non plus comme ces dernières années en primeurs », déclarait alors le directeur Frédéric Engerer. C’était clair, net et précis. Depuis, le château Latour et son propriétaire François Pinault n’ont pas bougé d’un iota leur politique. Concluons que le millésime 2006 est à maturité. « Sa structure désormais plus fondue lui fait atteindre cette première phase de plaisir et d’ouverture aromatique mais il réserve également beaucoup de promesses pour le futur », transmet Jean Garandeau, le Directeur commercial et marketing, ajoutant : « Racé, ce millésime exprime parfaitement la puissance et la profondeur des cabernet sauvignon de l’Enclos : une vraie signature ». Son prix sorti du négociant ? 450 € HT. Restent la marge du détaillant et la TVA pour le consommateur.

Dans le même temps, ce sont les Forts de Latour (le second vin du 1er Grand Cru Classé 1855) sur le millésime 2012 qui s’offrent aux amateurs. Les équipes de Château Latour s’en expliquent : « Le millésime 2012, avec un été ensoleillé et raisonnablement chaud, a donné naissance à des vins expressifs, équilibrés et très charmeurs. Forts de Latour est fruité, fin et mûr. La bouche est suave, profonde avec un bel éclat aromatique et un grain de tanin subtil. Ce vin incarne parfaitement notre philosophie de conservation à la propriété jusqu’à ce premier stade de maturité ». Ce vin sort de chez le négociant à 145€ HT.

En quelques mots, Château Latour fut autrefois la propriété d’Alexandre de Ségur qui savait combien tous les ingrédients étaient en ces lieux pour y élaborer le meilleur. Et, près de trois siècles plus tard, quand François Pinault s’empara du domaine, il n’acheta pas des murs mais avant tout des pieds de vignes. Depuis 1993, l’ambition est encore plus forte pour porter ce cru de Pauillac où il faut reconnaître que la puissance et l’élégance se conjuguent comme nulle part ailleurs. Ce terroir qui surplombe l’estuaire semble naturellement s’imposer dans ce territoire médocain. Déjà, en 1855, un amateur remarquait que « cet excellent vin est celui qui a le plus contribué à faire cessé la vieille habitude qu’avaient nos voisins d’outre-Manche de mélanger nos vins délicats du Médoc avec de l’Hermitage »(1)… Les récents travaux, des chais au cuvier, sont colossaux pour servir au mieux ces fameux pieds de vignes qui encerclent le colombier le plus connu du monde. « Nous faisons des vins sur mesures, c’est la haute couture du vin », jure-t-on autour du millier de tonneaux qui renferment le nectar.

(1) Pierre-Charles de Saint-Amand, Le Vin de Bordeaux. Promenade en Médoc, Huzard, Paris, 1855, p. 5.