Derrière le succès des vins de The Rolland Collection, il y a bien sûr le savoir-faire de Michel Rolland, l’inlassable “flying winemaker”. Mais il y a aussi l’expérience de sa femme, Dany, qui examine pour nous le millésime 2012 sur “sa” rive droite.

On ne présente plus Michel Rolland : le plus célèbre des œnologues-consultants dispense ses conseils aux quatre coins de la planète, de Bordeaux à la Californie, de l’Italie à la Chine. Moins célèbre – ou du moins, moins exposée – est sa femme Dany, devenue œnologue “grâce à mai 68”, lorsqu’elle a dû interrompre ses études de médecine. En quatre décennies, le couple a bâti une entreprise dont le succès dépasse largement les frontières de leur Aquitaine natale. Plus qu’une entreprise d’ailleurs, une authentique marque d’ampleur internationale.

Cette semaine, c’est sous l’étendard de The Rolland Collection, dans le cadre du château Le Bon Pasteur, leur domaine familial et “historique” de Pomerol, que Michel et Dany Rolland faisaient déguster les primeurs de leurs différentes propriétés (Le Bon Pasteur à Pomerol, Fontenil à Fronsac, La Grande Clotte à Lussac-Saint-Emilion, Mariflor en Argentine), ainsi que quelques vins étrangers ayant bénéficié de leurs conseils (Monteverro en Toscane).

Dénominateur commun

En l’absence du “flying winemaker”, Dany Rolland s’est élégamment prêtée à une lecture de ce millésime 2012. En rappelant en préambule que “la dégustation de vins en primeurs est un exercice extrêmement difficile. Même un professionnel comme Andreas Larsson (meilleur sommelier du monde en 2007, NDLR) avoue ne pas être complètement à l’aise avec cela. Comme un sportif de haut niveau, il faut s’entraîner, faire ses gammes, avoir suivi le cycle du vin durant toute l’année, pour trouver le dénominateur commun, la trame du millésime”.

Et justement, quel serait le dénominateur commun de ce 2012 ? “Il y en a un, et il est très faible, avance Dany Rolland, c’est l’hétérogénéité. Avec le climat, les maladies, on a eu beaucoup de décalages dans la qualité des raisins, parfois à l’intérieur d’une même parcelle. Il fallait beaucoup travailler à la vigne, s’adapter à chaque étape, dans les vendanges en vert, dans les effeuillages, le travail des sols. Rien ne pouvait être systématique et, malgré cette sélection, on est arrivé avec des raisins hétérogènes, donc il fallait aussi être très sélectif au chai, dans les vinifications.”

30% de rafles dans le Bon Pasteur

Et lorsqu’on décrit 2012 comme un millésime difficile, Dany Rolland tient à rappeler que “nous sommes à Bordeaux sous un climat océanique ! Parfois nous avons la chance d’avoir des millésimes bénis (2005, 2009, 2010), mais les aléas des intempéries sont fréquents. Nous pouvons revenir à des millésimes comme dans les années 1970, par exemple, même si aujourd’hui nos connaissances et nos perfectionnements nous permettent de ne plus les rater”.

Avec 40 ans d’œnologie derrière elle, Dany Rolland estime “avoir toujours quelque chose à piocher dans le passé, une référence sur laquelle s’appuyer, mais chaque millésime est différent. Cette année, on avait vraiment une matière première intéressante. Par exemple, au Bon Pasteur, nous avons expérimenté l’apport de rafles, pour faire des vinifications en vendange entière, à hauteur de 30%. Quand les rafles sont mûres, quand on a une bonne qualité de tanins, cela permet une meilleure aération du marc, et cela enrichit le milieu de bouche”.

Les primeurs, taillés pour les grands millésimes ?

En tout cas, cette enfant du Périgord savoure le consensus très positif de cette semaine des primeurs autour des vins de la rive droite : “la rive droite a prouvé sa qualité depuis longtemps, mais traditionnellement c’est le Médoc qui donne le ton du millésime. Cette année, les terroirs précoces ont été avantagés, le merlot a bien mûri. On a donc de très belles choses à Pomerol, par endroits à Saint-Emilion. Mais il fallait être très sélectif, et accepter des rendements réduits. Une chose est sûre, entre les rendements et la baisse des prix, ce ne sera pas une année très rentable !”

Et sur ce serpent de mer des prix, qui n’a cessé de revenir pendant toute la semaine, Dany Rolland tient à apporter quelques nuances : “il faut faire la distinction entre les 20 ou 30 grands noms, qui sont des vins rares, spéculatifs, des vitrines et des locomotives de Bordeaux qui peuvent baisser leurs prix car leurs marges sont immenses, et la grande majorité des vins de la région qui ne sont pas des stars, ont un excellent rapport qualité-prix et qui, sur un millésime comme celui-ci, ont un faible prix de revient”. Même lorsqu’on s’appelle Rolland, on peut rencontrer, comme cela a pu être le cas pendant longtemps au château Fontenil, de vraies difficultés pour être à l’équilibre ! “La question pour certains c’est : de combien faut-il baisser pour survivre ? Et surtout, est-ce qu’il suffit de baisser les prix pour que les vins soient achetés en primeurs ?” Sous-entendu : le système des primeurs n’est-il pas uniquement adapté aux grandes étiquettes et aux grands millésimes ? Une interrogation à laquelle Dany Rolland répond par une évidence : “il faut que le vin se vende, et il faut qu’il soit bu. On peut pas avoir que de grands millésimes de garde dans sa cave, il faut aussi des millésimes à consommer plus rapidement. A nous de stimuler le marché pour qu’il se laisse séduire par ces millésimes, et de maintenir l’engouement pour Bordeaux, que nous avons pu constater durant toute cette semaine”.

Parmi les curiosités à découvrir de la Rolland Collection : la Grande Clotte blanc, un assemblage de sauvignon blanc et gris, de sémillon et de muscadelle, produit sur l’aire d’appellation de Lussac-Saint-Emilion ; et le Défi de Fontenil, un vin de table (de luxe) 100% merlot, déclassé par l’Inao car produit à partir de vignes “bâchées” pour protéger les sols de la pénétration des pluies.

Mathieu Doumenge