Dans le Roussillon, la vendange 2021 s’annonce encore plus basse en rendements que celle de 2020. La faute aux dégâts combinés du gel d’avril et de la sécheresse de l’été : pour Stéphane Zanella, le millésime 2021 illustre l’urgence d’agir face au changement climatique.

« Nous sommes partis pour battre nettement à la baisse le triste record de l’an dernier », constate Stéphane Zanella, le président de l’Interprofession des Vins du Roussillon (CIVR). « L’an dernier, nous avions enfin de l’eau (plus d’un mètre entre novembre 2019 et septembre 2020) mais nous avons eu le mildiou. Cette année nous avons eu le gel d’avril, sur tous les secteurs mais avec des dégâts concentrés sur la partie de la vallée de l’Agly entre Estagel et Tautavel. Puis, sur bien des secteurs, la coulure sur les grenaches au mois de juin, suivie par une sécheresse intense, même sans chaleur caniculaire cette année. Nous avons reçu 300 millimètres entre novembre dernier et fin août contre 550 mm en année normale. Les pluies que nous recevons maintenant et depuis dix jours arrivent trop tard pour cette vendange et trop tôt préparer la suivante en reconstituant les réserves hydriques. Là elles ralentissent la maturité et annoncent une fin de vendange compliquée. »

Un millésime tardif

Stéphane Zanella poursuit : « Le gros de la vendange est fait sur les blancs et les rosés sauf pour les terroirs d’altitude. Pour les rouges, la maturité, plutôt tardive, est inégale selon les secteurs. L’arrivée des pluies a fait rentrer des raisins tôt dans la perspective de produire des vins gourmands sur le fruit avec des degrés alcooliques modérés : entre Rivesaltes et Baixas on en est aux deux tiers de la vendange, un peu moins dans les Aspres, plus tardives, autour de 40-50 % et la Vallée de l’Agly est relativement peu avancée elle aussi. »

Petits rendements de la vigne au pressoir

« On peut estimer une vendange inférieure de 10 à 15% à celle de l’an dernier qui était déjà historiquement faible », détaille encore Stéphane Zanella. « Si je peux tenter une estimation, on serait sur un rendement départemental tous secteurs et produits confondus de l’ordre de 22 hl/ha [soit une production de 500 à 550 000 hectolitres sur les 25 000 hectares que compte le vignoble du Roussillon ; la norme est de l’ordre de 750 000 hectolitres, NDLR]. Les grains sont petits, avec des pellicules épaisses et des rendements en jus très faibles : on parle de 150 kilos de raisin, voire plus, pour produire 100 litres [la norme est plutôt de plus ou moins 130 kg/100 litres selon les cépages, NDLR] »

Après la sécheresse, les vins de soif

Stéphane Zanella détaille le profil attendu de ce millésime 2021 : « De ce qu’on voit aujourd’hui, on n’a pas de gros degrés mais des vins sur la fraîcheur car on ne peut pas attendre plus longtemps pour rentrer les raisins. Ces vins sur le fruit et la gourmandise ne sont pas nécessairement dans la typicité attendue de nos vins mais ce n’est pas grave : nous savons très bien les faire et ils correspondent à une vraie demande des marchés. A très court terme il n’y aura pas de conséquence spectaculaire de cette petite vendange, on ne va pas manquer de vin. Un millésime difficile, on s’en remet. L’épreuve, la vraie, est dans l’empilement. On en est à six millésimes difficiles consécutifs depuis 2016 et pour les vignerons, c’est très très dur. »

Irrigation de reconquête

Face aux aléas climatiques que nous avons traversés année après année dernièrement, le CIVR a fait de l’irrigation son cheval de bataille. Avec toutes les parties prenantes nous voulons un vrai projet départemental soutenu par l’État qui permette de pousser l’irrigation partout où c’est possible. Faute de quoi, il ne nous reste que la diversification vers des cultures plus adaptées encore que la vigne à des climats plus désertiques : figuier de barbarie, agave, aloe vera… Encore faut-il avoir des débouchés et une filière pour traiter ces produits.