C’est un grand cru classé du genre discret parmi l’élite saint-émilionnaise, mais qui est appelé à attirer de plus en plus la lumière. Entre changement de génération et certification en bio, le château La Marzelle entend bien rejoindre la cour des grands.

Même au sein des crus classés, toutes les propriétés ne jouissent pas de la même notoriété. Dans la hiérarchie des 82 châteaux retenus lors du dernier (et toujours contesté) classement de Saint-Émilion en 2012, 64 ont été distingués “grands crus classés”. Parmi eux, des domaines historiques à la renommée bien installée, des stars en devenir et, entre les deux, des propriétés ayant bénéficié depuis longtemps du respect d’une frange d’amateurs mais toujours en recherche d’une plus grande reconnaissance. Le château La Marzelle appartient à cette catégorie. Son existence est répertoriée dès la fin du XVIIIème siècle, son étiquette porte la mention “premier cru classé” (qui n’existait pas encore) dans les années 1920, et elle intègre le premier classement de Saint-Émilion dès 1959. Quelque peu délaissée au fil des décennies suivantes (ce qui lui vaudra d’être brièvement “déclassée” en 2006), La Marzelle est rachetée en 1998 par la famille Sioen, une grande famille flamande de l’industrie du textile. Les deux décennies suivantes seront consacrées à agrandir et restructurer le vignoble, moderniser les installations techniques, à faire basculer la propriété vers l’agriculture biologique et à reconquérir le titre de grand cru classé. Ce sera chose faite en 2012, grâce à la pugnacité de Jacqueline Sioen, qui reprend les rênes en 2009 suite au décès de son mari.

Une notoriété à développer

L’évolution vers le bio se fera sur plus de dix ans, jusqu’à la certification, enfin validée pour le millésime 2020 qui vient d’être vendangé. Une année 2020 marquée, également, par un changement de génération : au mois de janvier, Jacqueline Sioen s’éteint ; c’est son petit-fils Jean-Charles Joris, 29 ans, qui préside désormais à la destinée du vignoble familial. Jean-Charles, aîné des petits-enfants, incarne la troisième génération de la famille à la tête de La Marzelle. Très proche de sa grand-mère, il a hérité de la passion du vin, et de la volonté de hisser la propriété parmi l’élite de Saint-Émilion : “un travail remarquable a été accompli par mes grands-parents au cours des vingt dernières années, tant au niveau du vignoble que de la qualité des vins”, souligne-t-il. “Maintenant, il faut poursuivre cet élan, affirmer notre engagement dans le bio ainsi que vers la biodynamie. Mais il faut, surtout, faire mieux connaître nos vins. Nous avons un terroir, situé face aux vignes de Château Figeac, nous avons une histoire, nous avons de beaux millésimes à défendre, et nous sommes un grand cru classé dont le prix reste accessible aux amateurs. Ces arguments jouent en notre faveur, à nous de mieux nous faire connaître”.

Partageant son temps entre la Belgique et le Bordelais, Jean-Charles Joris entend apprend vite, s’appuyant sur l’expérience d’une équipe technique en place depuis plusieurs années. Tout en s’assurant que les vins ne cessent de progresser en précision et en qualité (à cet égard, le millésime 2020 actuellement dans les cuves semble le satisfaire pleinement), il entend développer sa communication et sa commercialisation, en rééquilibrant sa distribution qui cible, à ce jour, le fidèle marché belge à 60%. Renforcer la présence sur le secteur cavistes & CHR en France est l’un de ses objectifs : “malgré la concurrence mondiale, les vins de Bordeaux ont de vrais atouts à défendre, notamment en termes de rapports qualité-prix”. La construction d’une offre œnotouristique “ciblée et qualitative” est également en ligne de mire. Tout en gardant un œil sur le prochain classement de Saint-Émilion attendu pour 2022, Jean-Charles Joris ne manque pas de chantiers à mener.