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Saint-Émilion vend les bijoux de la mariée

Auteur

La
rédaction

Date

21.10.2011

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Aussi endettée que fréquentée, la cité mondialement connue cherche à vendre certains de ses biens. Le revers de la médaille touristique.

Si Saint-Émilion engrange les touristes par millions, son coffre-fort municipal sonne à l’inverse désespérément creux. Épinglée l’an dernier par la Chambre régionale des comptes pour un endettement quatre fois supérieur à celui des autres communes de son calibre (2 744 euros par habitant), la prestigieuse – mais petite – cité médiévale envisage aujourd’hui de solder quelques pièces de son patrimoine.

Chefs-d’œuvre en péril

Un château en mauvais état par-ci, l’illustre cloître des Cordeliers à retaper par-là… Autant de chantiers que le maire jure de toute façon être incapable de financer. « Sans compter que l’argent que nous en tirerions servirait à réhabiliter d’autres chefs-d’œuvre en péril », promet Bernard Lauret.
Aux opposants redoutant une mise sous clef de ce patrimoine local une fois revendu à des investisseurs privés, le maire répond que « ces sites sont classés et leur libre accès sera garanti ! »

Mais au-delà du strict enjeu historique, la polémique révèle d’abord la face cachée de la médaille Unesco. Douze années après avoir décroché ce label convoité, Saint-Émilion s’aperçoit que ses droits sont sans doute un peu moins nombreux que ses devoirs. Sans aller jusqu’à conclure que l’Unesco coûte plus qu’il ne rapporte à sa commune, le maire reconnaît ainsi que l’explosion de la fréquentation touristique n’aura pas forcément été aussi rentable qu’espéré.

L’effet « pique-niques »

1 million de visiteurs par an, et voilà presque autant de restes de pique-niques à balayer, de poubelles à vider et d’agents municipaux à embaucher. Certes potentiellement très bien placés, les neuf villages de la juridiction de Saint-Émilion ne comptent guère sur les grands crus pour s’enrichir. « 7 500 hectares pour 5 900 habitants, dont à peine encore 150 dans le cœur historique, une telle charge devient impossible à supporter », prévient le maire.

« L’Unesco profite avant tout aux vignerons », renchérit une marchande de souvenirs, agacée de ne voir les touristes quitter la cité qu’avec une bouteille de vin sous le bras.
Face à la tentation de renoncer au label Unesco comme certains chefs étoilés l’ont osé avec le Michelin, Bernard Lauret promet que jamais il n’aura d’aussi vilaines pensées. « Je cherche une troisième voie. Par exemple un établissement reconnu d’intérêt public qui nous permettrait de recevoir des dons de nos prestigieux administrés. »

Viendra ensuite le temps d’évoquer enfin le sort des 111 chancelantes galeries souterraines de la cité. Coûteuse tranche de gruyère et de travaux en perspective.

PHOTO FABIEN COTTEREAU

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