Accueil Salon invente la DRC champenoise

Auteur

Joëlle
W. Boisson

Date

10.10.2019

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8000 magnums ! C’est la production « compte-gouttes » du champagne Salon sur le millésime 2008. Pour la commercialiser, une distribution spéciale à la manière du Domaine de la Romanée Conti en Bourgogne, avec une caisse contenant l’équivalent de 8 bouteilles sur 4 millésimes.

DRC. Pour les initiés, les initiales du Domaine de la Romanée Conti. Le graal pour les œnophiles et un système de commercialisation tout à fait particulier, puisque pour obtenir un flacon du nectar issu de la parcelle de la Romanée Conti, il faut acquérir toute une caisse des autres climats du domaine : La Tâche, Romanée Saint-Vivant, Richebourg, Echezeaux, Grands Echezeaux. Une façon de gérer la rareté et d’apporter de la valeur à l’ensemble de la production

C’est peut-être en regardant du côté de la Bourgogne que Didier Depond, président du célèbre Champagne Salon, a élaboré son offre 2008. Car pour le plus exclusif des champagnes (1 seul cépage, 1 seul village -20 parcelles seulement-, 1 seul millésime produit uniquement les années d’exception), le réchauffement climatique a des effets inattendus : des Salon plus souvent, mais en toute petite quantité. Jugez plutôt : seuls 37 Salon ont été produits au XXe siècle, alors que depuis l’année 2000, la marque au grand S est sortie déjà 5 fois : 2002, 2004, 2006, 2007… et donc 2008. Dans le même temps, les productions « moyennes » de l’ordre de 50 000 bouteilles ont chuté à 30 000 bouteilles en 2004 et même en dessous pour les millésimes plus récents.

Plus encore, les travaux en vert mis en œuvre pour la production du nectar sont de plus en plus drastiques : « En 2004, nous avons réalisé deux vendanges en vert, ce n’était jamais arrivé », reconnaît Didier Depond. Et pour 2008, la sélection s’est pratiquement faite baie par baie. Le point d’étiage pourrait être atteint avec seulement 8000 magnums dans le panier de la vendange 2008 ! Or la suite n’est pas plus rassurante. « Après la très petite récolte de 2008 s’enchaînent 3 années sans millésime à la hauteur des attentes de Salon. 2009, 2010 et 2011 ne furent pas déclarés. Il fallait agir et prendre des décisions qui engageraient l’histoire de la maison. La première caisse œnothèque de Salon se préparait en cave », annonce le communiqué de presse.

Caisse Œnothèque, 7500 €

Pendant les 10 ans d’élevage, la stratégie a donc été peaufinée. C’est finalement une caisse de 4 millésimes qui a été retenue, sous la forme d’un magnum de 2008 et de 3×2 bouteilles des millésimes 2007, 2006, 2004. « Un contingent de 15 à 16 000 bouteilles mis de côté chaque année dans cet objectif, sur des millésimes pourtant peu achalandés ». Didier Depond joue son va-tout. Comme chef d’entreprise, il sait que les 8000 magnums seuls auraient été vendus en quelques mois, ne permettant pas de faire le lien jusqu’à l’arrivée du 2012. Comme homme de commerce, il sait combien il va déstabiliser la clientèle fidèle et traditionnelle de ce champagne (390 € en moyenne la bouteille). La caisse « Œnothèque » affiche pour sa part 7500 €. Ce n’est pas la bouteille la plus chère au monde, mais qui séduira-t-elle ? Le collectionneur-passionné de la marque ou l’amateur « bling bling » en quête du spectaculaire ?
2012, avec un retour de volumes plus « normaux », pourrait voir sa mise en marché un peu avancée à 2020 ou 2021. Et permettre à Salon de trouver à nouveau ses marques après l’atypique 2008 !

La caisse Œnothèque :
Salon 2004 « La sérénité » : Nez iodé, craie mouillée et en bouche écorce d’orange, camomille, immortelle. Crémeux en attaque, le vin plonge dès le milieu de bouche en verticalité avec un fil droit qui l’amène très loin.

Salon 2006 « le romantique » : plein d’amplitude dans le verre, aussi bien au nez qu’en bouche, il déroule une véritable panoplie d’arômes envoûtants : amandes grillées, miel de bruyère, brioche toastée, fleur d’oranger. Charmant et raffiné.

Salon 2007 « la lumière vive » : typé variétal salin : zeste citron, lime, yuzu et brassée d’herbes fraîches. En bouche, la droiture du Mesnil s’exprime, traçante, magnanime.

Salon 2008 « un rêve » : étonnement ouvert pour un magnum, il sait révéler par petites touches quelques facettes de sa personnalité : menthe, jus de citron , racine-gingembre, caillou de craie, albedo d’agrumes, pamplemousse rose. La structure est bien sûr encore très jeune, tour à tout crayeuse et rectiligne.