Malheureusement, les années passent et se ressemblent irrémédiablement à Sauternes. Entendons par-là, les années fiscales, économiques et non les millésimes ou la climatologie. Coincée dans des difficultés économiques qu’elle ne mérite pas, cette région connait une mésestime de la part des consommateurs alors que ses vins sont, sans conteste, les plus difficiles à réaliser et figurent comme les meilleurs rapports qualité/prix de Bordeaux.

La vente du Château Bastor-Lamontagne (56 hectares) est une illustration de ce phénomène. Appartenant aux familles Moulin-Houzé (propriétaires entre autres des Galeries Lafayette) et Cathiard (Smith Haut Lafitte), le domaine fut acheté il y a à peine 4 ans au groupe BPCE (Banque Populaire Caisse d’Épargne) qui souhaitait le céder dans une corbeille comprenant également Château Beauregard à Pomerol, Château Saint-Robert dans les Graves et Château Pavillon Beauregard à Lalande-de-Pomerol.

Après des efforts volontaires salués par les critiques, une labellisation en culture biologique obtenue en 2016, une amorce ratée de lancement d’un produit novateur pour relancer les ventes de Sauternes, une faible rentabilité et des débouchés commerciaux toujours aux abonnés absents, les acheteurs d’hier jettent l’éponge et cèdent, aujourd’hui, Château Bastor-Lamontagne, ainsi que le Château Saint-Robert en Graves, à la société Les Grands Chais de France, dirigée par l’alsacien Joseph Helfrich.

Espérons que ce dernier, habitué à une croissance soutenue et à des plans marketing ambitieux, arrivera à redorer le blason de ce domaine du sud Gironde qui fut, en son temps, la propriété d’Amédée Larrieu, alors propriétaire de Château Haut-Brion, qui refusa que son domaine de Sauternes soit classé en 1855 car le classement de son 1er GCC suffisait à son bonheur.