(Photos F. Hermine)
(Photos F. Hermine)

En prologue du 91ème marché aux vins d’Ampuis où une soixantaine de domaines de Côte-Rôtie présentent chaque mois de janvier leur dernière production, s’est tenu cette année pour la première fois un symposium sur la Syrah au Musée Saint-Romain-en-Gal de Vienne, sur la rive droite du Rhône. Parcours d’un cépage au fil des siècles.

“On sait désormais que l’importation du vin a précédé la production dans toutes les civilisations antiques” annonce d’emblée l’historien Matthieu Poux. “On croyait auparavant à une origine de la vigne qui serait descendue des hauts plateaux anatoliens et iraniens pour s’étendre en Égypte, en Grèce puis vers l’Italie, l’Espagne et la Gaule. En fait la vigne sauvage existe depuis la Préhistoire et elle poussait plutôt très au Nord au dessus du 52e parallèle”. L’analyse récente des récipients et de pépins de raisins démontrent qu’ils datent de bien avant la colonisation grecque ; les traces de vigne de Saint Jean du Désert et les morceaux d’amphores dans la région de Marseille, notamment sous la place de la Bourse, sont légion dès 500 avant JC. Avec la propagation des amphores, on suit la diffusion de toute la culture du vin, un temps éclipsé par la bière et l’hydromel vers le 4e-3e siècle avant le retour du vin italien remplaçant celui de Marseille. “On retrouve dans les vestiges de l’Antiquité des étiquettes peintes, des bouchons estampillés, des amphores gravées et des mini amphores échantillons, rien n’a changé en fait” ironise Matthieu Poux.

Allobrogica, syrah, serine, mondeuse de la même famille

Les Gaulois importent du vin en Provence et en Aquitaine avant la montée en puissance des productions locales. En Vallée du Rhône, on retrouve mention, dans les écrits de Pline L’ Ancien et de Columelle au 1er siècle après JC, l’allobrogica, une sorte de vin au goût naturel de poisse issu de plusieurs cantons de Vienne, élaboré à partir d’un raisin noir tardif s’adaptant mal aux autres régions “mais les descriptions et les caractéristiques sont moins précises qu’aujourd’hui et on se demande si le fameux allobrogica est un cépage ou une famille qui se rapprocherait plutôt de la mondeuse”. Au fil des siècles, elle aurait été croisée avec la syrah. Celle-ci bénéficie de moult orthographes à partir de 1781, d’abord sira puis de façon plus fantaisiste avec un y ou un h. “Quand un cépage était renommé, on lui prêtait souvent des origines lointaines ou exotiques, une provenance de l’Orient mystérieux des croisades mais les sources étaient peu fiables”, commente Olivier Yobregat, chercheur de l’IFV Sud-Ouest. La syrah et la serine si réputées en Côte-Rôtie (qui signifie brûlé par le soleil) sont sans doute le même cépage avec une évolution au fil de la sélection génétique. Le “vionnier” et le condrieu étaient également mentionnés comme d’excellents vins des environs.

Les routes de la génétique sont désormais pénétrables

Ce n’est qu’en 1998 que les tests génétiques ont démontré que la syrah était issue de la mondeuse blanche de Savoie (7 ha au total dans l’Hexagone) et de la dureza d’Ardèche et d’Isère (1 ha). Dans la même famille, on retrouve le durif (ou petite syrah) très répandu dans les années 60, croisement de syrah et de peloursin, le viognier et le chouchillon descendants probablement de la mondeuse blanche, la marsanne et la roussanne… La syrah avant le phylloxera était répandue dans tout le Dauphiné, pour se réfugier au 20è siècle dans une zone plus restreinte sur les coteaux entre Vienne et Valence avant son extension vers le Sud puis le Sud Ouest (Gaillac, Fronton) ; les essais en Bordelais ont en revanche fait long feu. On est donc passé de 1600 ha en 1958 à 66 000 en 2009, année du coup d’arrêt des plantations “à cause d’abord du problème de dépérissement apparu en 1993, après quelques années de sécheresse mal supportée par la syrah et alors que le Languedoc commençait à arriver à saturation” précise Olivier Yobregat.

La France premier vignoble pour la syrah

La France est devenue en 1979 le premier vignoble pour la syrah, doublant l’Australie. C’est le 4ème cépage en France en superficie derrière le merlot, l’ugni blanc et le grenache, le 8e au niveau mondial. Après 15 ans de recherches, le problème du dépérissement de la syrah qui se développe au point de greffage devrait être résolu. A partir des 622 origines gardées au conservatoire de Mercurol (07) créé en 1995 ont été sélectionnés et multipliés une douzaine de clones bientôt réduits à 7, moins sensibles au dépérissement. Dans la foulée vient d’être découverte une syrah grise, mutation de la noire en phase expérimentale depuis 2015. Révélée il y a quelques jours, elle pourrait servir à l’élaboration de blancs et rosés. Et Christophe Caillaud, chercheur du musée de Saint-Romain-en-Gal de conclure avec une citation du scientifique Claudius Roux du début 20è : “depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, le vin de Côte-Rôtie a su conquérir l’estime de tous les gourmets et s’attirer les sympathies des poètes et des agronomes, c’est que, mieux que nul autre, il sait réveiller les cœurs les plus moroses et faire pétiller ce vieil esprit gaulois en donnant la Gaîté au cerveau ».