(photos DR et F. Hermine)
(photos DR et F. Hermine)

Après des vendanges précoces, la maison Taittinger sort enfin son Comtes de Champagne 2008.

Cette année, les chardonnays de la Côte des Blancs qui composent la célèbre cuvée Comtes de Champagne de Tattinger ont été vendangés en dernier, près de 15 jours après la Côte des Bar dans l’Aube démarrée le 21 août, avant les chardonnays de Reims et les meuniers une semaine plus tard. Le vignoble Taittinger se répartit à part équivalente entre les vignobles de la région rémoise, de la Côte des Bar et de la Côte des Blancs-Sézannais. 288 hectares en propriété pesant environ la moitié de l’approvisionnement. Le chardonnay si cher à la maison représente 35% du vignoble, le meunier 15%, le reste en pinot noir. A La Marquetterie, à Pierry près d’Épernay, le château racheté en 1932 par Pierre Taittinger – l’un des rares à être entouré de vignes en Champagne – on a vendangé fin août.

Christelle Rinville, la directrice du vignoble, à la tête de 650 personnes en période de vendanges, estime cette année que le vignoble affiche une dizaine de jours d’avance sur la moyenne de la dernière décennie. “En général, on enregistre à cette époque environ 650 mm d’eau ; cette année, on était à seulement 500 avec un des mois de juillet les plus secs depuis longtemps. On a aussi constaté quelques grillures sur les raisins qui ont fait baisser la récolte de 25% en volumes sur certaines parcelles, mais les raisins grillés n’ont pas d’incidence en termes de goût”. Pas de mildiou cette année mais une forte pression d’oïdium, y compris sur les meuniers en général épargnés. Le vignoble est enherbé depuis une douzaine d’années, avec un travail mécanique des sols et certifié HVE depuis trois ans.

Pour le directeur général Damien le Sueur, “c’est une vendange chaude dans la lignée des 2003, 2007, 2011, 2018 et 2019. Et une année chaude ne veut pas forcément dire surmaturité mais cela reste un défi technique : tout va plus vite et il faut mieux s’organiser”.

2008, année froide pour un vin frais

La vendange était l’occasion de présenter à La Marquetterie le Comtes de Champagne 2008 tant attendu. Nous avions eu l’occasion de le goûter l’automne dernier en avant-première ; il devait sortir au printemps (“Terre de Vins” l’avait d’ailleurs dégusté et commenté en exclusivité) mais crise sanitaire oblige, il ne sera commercialisé que cet automne. Ce 100% chardonnay de la Côte des Blancs, issu de cinq grands crus en propriété sur Avize , Chouilly, Cramant, Mesnil-sur-Oger et Oger, est le porte étendard de la maison présidée par Vitalie Taittinger. Depuis la fin des années 80 (la cuvée a été créée en 1952), il est élevé pour une petite partie, de l’ordre de 5%, en fûts neufs pendant quatre mois, des fûts renouvelés par tiers chaque année. “C’est un élevage juste comme une épice qui complète la structure et l’aromatique, et uniquement à partir des vins de première presse, souligne Vitalie Taittinger. Bien sûr, on surjoue l’idée que l’on se fait d’un millésime mais il ne faut pas qu’il écrase tout”.

Le millésime est excellent en Champagne – la plupart des maisons l’ont déjà sorti et Taittinger avait lancé son millésimé il y a deux ans dans la magnifique bouteille en édition limitée signée du photographe Sebastiao Salgado. Le Comtes de Champagne était d’autant plus attendu chez Taittinger qu’il n’y aura pas de 2009 (à part un peu en rosé) ni de 2010. Après un 2007 tendu et ciselé, déjà un grand millésime, ce 2008 apparaît plus vineux, frais et cristallin “et contrairement à 2007 où le blanc et le rosé étaient sortis en même temps, le Comtes blanc 2008 sort en premier”, commente le chef de caves Alexandre Ponnavoy.

2008 est plutôt une année froide où l’hiver et le printemps ont été humides, l’été plutôt frais avant des vendanges qui se sont étirées de mi-septembre à mi-octobre avec quelques journées ensoleillées mais des températures fraîches. Après avoir passé 12 ans dans les caves de la maison situées dans l’ancienne abbaye Saint-Nicaise à Reims, ce 2008 est particulièrement frais, minéral et floral sur l’acacia et l’aubépine, des notes de mirabelle et de poires, d’agrumes, de brioche toastée sur des bulles très fines portées par quelques notes de tilleul et de miel. A découvrir sur fruits de mer, crustacés, poissons… (162 €)