Alors que son Château Valandraud rejoint le club prestigieux des Premiers Grands Crus Classés B de Saint-Emilion, Jean-Luc Thunevin savoure sa belle ascension, du pionnier du “vin de garage” aux piliers du prestige bordelais. Interview.

Jean-Luc Thunevin, qu’avez-vous ressenti en apprenant ce matin que Château Valandraud serait distingué Premier Grand Cru Classé B dans le cadre du nouveau classement de Saint-Emilion ?
C’est la première fois que j’attendais un courrier en recommandé avec autant d’impatience, et que j’en découvrais le contenu avec autant de joie ! J’étais confiant, disons à 80%, mais comme je suis d’un naturel anxieux j’attendais le verdict avec un peu d’inquiétude. D’autant que nous sommes passés par un dossier de rattrapage pour passer des Grands Crus aux Premiers Grands Crus Classés. Au final, ce n’est que du bonheur.

Que représente ce classement pour vous ?
C’est d’abord formidable pour Valandraud : une telle reconnaissance lui donne encore plus de crédibilité et de force, en termes d’image, d’impact sur les ventes, comme en termes de sécurité financière. C’est le plus important, bien plus que mon ego qui a été déjà très gâté… Au-delà de mon cas personnel, ce classement salue un nouvel élan qualitatif engagé il y a quelques années à Saint-Emilion. De nouveaux visages ont été promus (notamment autour de Saint-Etienne de Lisse), c’est donc une prime au sang neuf, à l’initiative, à l’ambition, au volontarisme. Il prouve qu’ici, autour de ce village où il y a beaucoup d’émulation, on peut prendre un domaine en main, méconnu ou négligé, et le propulser très haut. Voyez ce qu’a fait Gérard Perse à Pavie, ou la progression de Larcis-Ducasse qui est lui aussi classé B. Ce sont de formidables exemples.

Et maintenant, allez-vous viser plus haut ?
D’abord, il faut dire une chose : le fait qu’il y ait deux nouveaux “A” (Pavie et Angélus) qui rejoignent mes amis de Cheval Blanc et Ausone, ne peut être qu’une bonne chose pour Saint-Emilion et la rive droite. Cela installe deux nouvelles marques emblématiques, et rééquilibre un peu les forces par rapport à la rive gauche. Au final, c’est tout le vignoble qui profite de cette dynamique et de cette excellence (en tant que négociant, notamment, je m’en réjouis). En ce qui concerne Valandraud, cela fait déjà quelque temps qu’il est considéré comme un “super second”. Aujourd’hui que c’est concrétisé, je sais que passer à l’étage supérieur exige encore plus d’énergie, d’investissement, pour entrer dans le groupe des icônes et de l’ultra-luxe. C’est difficile. Mais il faut toujours avoir des rêves !

Propos recueillis par Mathieu Doumenge
Photo © Eric Travers