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Un plan de bataille … Corsé !

Auteur

Frédérique
Hermine

Date

22.02.2023

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Outre une visibilité accrue grâce à une communication musclée, les vins de Corse ont mis autour de la table toutes les générations pour réfléchir à l’avenir de la viticulture de l’île.

La Paillotte corse a encore battu des records sur Wine Paris, mobilisant cette année six chefs et une quinzaine de sommeliers pour 550 couverts et 200 cuvées dégustées. « On est carrément devenu ‘the place to be’ » annonce fièrement Caroline Franchi, la directrice de l’interprofession des vins de Corse, qui apporte dans ses malles une trentaine de vignerons de l’île disposant également d’un espace de 450 m2 pour faire rayonner le vignoble. La formule qui affiche 20 ans de réussite sur le continent fonctionnait déjà à plein régime sur Vinexpo avec un restaurant au bord du lac. « C’est l’un de nos outils de communication majeur qui booste notre notoriété. Nos vignerons peuvent venir avec leurs acheteurs et clients potentiels pour faire goûter leurs vins et les visiteurs professionnels en profiter pour découvrir cuisine et vins corses ». La présence sur le salon parisien est devenu le plus gros poste budgétaire de l’interprofession. Sur les stands, une foison de goodies (badges-cépages, carnets de notes, stylos, porte-clés…et le fameux passeport, petit carnet pour tout savoir sur les vins corses…) diffusé à 20 000 exemplaires par an sur les salons, chez une centaine de cavistes, dans les caveaux et auprès des sommeliers. Car les vins corses misent ces dernières années avant tout sur l’image, une stratégie renforcée par une présence accrue sur les réseaux sociaux. Les résultats sont déjà bien au-delà des espérances pour un vignoble qui ne pèse que 1% de la production nationale avec à peine 340 000 hl par an. 

Caroline Franchi ©F. Hermine

Place à la nouvelle génération

Cette stratégie est l’une des lignes directrices qui avait émergé du séminaire initié en 2019. La réflexion a permis de rassembler davantage d’opérateurs et d’impliquer plus de jeunes vignerons nombreux à s’installer à Sartène, Figari, Calvi, Patrimonio…, la plupart par transmission, certains en récupérant du foncier par héritage et en profitant pour changer de métier et de vie, quelques-uns avec des restructurations. « La viticulture se renouvelle et la jeune génération prend le relai », affirme le président de l’interprofession Eric Poli. « Mais il faut reconnaître que si l’on passe entre les gouttes des difficultés, c’est grâce à notre identité forte et à nos cépages autochtones, mais c’est aussi parce que nous avons su prendre le virage du rosé, aujourd’hui 70 % en moyenne de la production corse, et parce que nous essayons de mettre tout le monde autour de la table pour avancer ».

Réflexions et commissions

Le plan à cinq ans a fourni une vision du vignoble avec un repositionnement affirmé et des objectifs en matière de développement durable, changement climatique, production en bio, hausse de l’export qui atteint désormais 20%… Dans la boîte à outils fournie ensuite aux vignerons, outre les goodies, ils ont récemment trouvé une précieuse calculette export digitale. Ils rentrent le prix rendu Marseille (prix avec TVA puisqu’en Corse le prix des vins est en HT), le pays de commercialisation souhaité et la machine leur indique les taxes, la fourchette de prix à l’arrivée, si le marché est adapté à la production… 

Autre outil précieux, l’observatoire économique renforcé par l’embauche d’un chargé de mission et coordinateur Enzo Martel, et pour le printemps une plateforme logistique qui permettra d’externaliser et mutualiser les expéditions à tarifs préférentiels. « Nous fonctionnons en commissions d’une dizaine de vignerons chacune avec la charge de recenser les besoins, proposer des méthodes de travail, faire remonter les éléments de réflexion, explique Enzo Martel. Nous intervenons comme un cabinet conseil avec compte-rendu aux vignerons pour rendre la filière plus opérationnelle ». Sur la table, un autre dossier plus délicat à étudier, l’amélioration qualitative et la hiérarchisation des vins rouges pour la garde car ils tendent à se voir grignoter ces dernières années par les blancs dont la demande s’accroît comme sur le continent.

©F. Hermine

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