Les roussannes et les grenaches blancs sont dans les cuves, les premières syrahs seront récoltées dès la fin de semaine. Dans la Vallée du Rhône sud et particulièrement à Châteauneuf-du-Pape, vigilance et optimisme sont de rigueur pour un millésime qui s’annonce compliqué mais prometteur.

« Nous avons récolté les premières roussannes il y a dix jours, deux autres parcelles le 14 ainsi que quelques syrahs qui avaient gelées. Nous reprendrons dans une semaine car les maturités prennent leur temps. L’état sanitaire est correct, laissons mûrir doucement. Les premières fermentations sont bien ». Rémi Jean, le directeur du Château La Nerthe à Châteauneuf-du-Pape est serein, conscient d’avoir été préservé par rapport aux autres vignobles français. Les 92 hectares de la famille Richard, travaillés en agriculture biologique depuis 1998, ont trouvé et prouvé leurs équilibres. Si le retard est de 10 jours, par rapport à l’année dernière, le vignoble n’a pas souffert. Le directeur s’attend, toutefois, à une récolte en baisse de 20 à 30% par rapport à 2020. Grâce à des équipes de saisonniers locaux, nulle crainte de pénurie de main d’œuvre, la vendange va monter en puissance dans les prochains jours.

Au Château de Nalys, le discours est similaire. Raph Garcin, qui dirige le domaine racheté en 2017 par la famille Guigal, veille aux grains. « Nous avons débuté sporadiquement les blancs, en fonction des terroirs car la maturité a de 7 à 10 jours de retard par rapport à ces dernières années. L’état sanitaire est convenable malgré les pluies de printemps et d’été. Si nous avons été épargné par le gel, les vignes ont souffert du froid. Cela a provoqué des pousses buissonnantes et une feuillage dense qui favorise la présence de cryptoblabes, qui ont un peu abîmé les raisins sur certains secteurs ». Le directeur se satisfait des premiers jus blancs, mûrs, francs et aromatiques, avec plus d’acidité qu’à l’accoutumée. Les rendements et le poids des baies sont légèrement inférieurs de 15 à 20%.

Confiants, les deux directeurs mesurent leur chance. Ils ne souhaitent pas fanfaronner mais être solidaires, conscients d’être un peu privilégiés face à leurs collègues des autres appellations.