(photo E. Ramousse / InterBeaujolais)
(photo E. Ramousse / InterBeaujolais)

Le caractère exceptionnel de l’année 2020 restera longtemps dans les annales, et dans les bouteilles. Ce millésime a été extraordinairement sec et les vendanges très précoces : le ban permettait de les démarrer dès le 20 août pour les rouges et le 22 pour les blancs !

La plupart des vignerons ont débuté autour du 24/25 août, pour terminer en moyenne autour du 10 septembre, tout dépendant de la situation et de l’étendue de leurs parcelles.
De nombreuses ombres planaient au-dessus des vignes en cet étrange millésime, qu’elles soient climatiques (grande précocité et sécheresse estivale) ou humaines. Les inquiétudes concernant le recrutement des vendangeurs (au nombre de 25 000, le Beaujolais étant majoritairement en vendanges manuelles) et le déroulé des vendanges dans des conditions sanitaires correctes étaient dans tous les esprits. Pour ce dernier point, les organismes de défense et de gestion du Beaujolais et les institutions agricoles et vinicoles (MSA et inspection du travail) ont travaillé de concert pour aider les vignerons à accueillir leurs vendangeurs dans les meilleures conditions : rédaction d’un guide d’accueil des vendangeurs (hébergement, restauration, protocole de prise en charge d’une personne symptomatique, etc).

Le Crédit Agricole et la MSA Ain-Rhône ont financé l’achat et la distribution de sacoches et gobelets individuels, tandis que la Région Auvergne Rhône-Alpes a envoyé 55 000 masques aux vignerons pour qu’ils soient distribués à leurs équipes.

Pour Nadège Fellot, vigneronne au domaine Fellot, “il n’y a finalement pas eu de soucis pour la main d’œuvre en Beaujolais cette année. Les vendanges ont eu lieu en grande partie en août, donc on avait les lycéens et étudiants mais aussi beaucoup de ‘chômeurs COVID’ (restaurateurs, intermittents…) Et les consignes sanitaires ont été pour certains une occasion d’améliorer les conditions d’accueil pour la restauration et l’hébergement, ou encore le choix de passer à la grande journée en ne gardant pas les vendangeurs le soir et la nuit pour éviter à gérer les problématiques repas et dortoirs (le logis est encore une pratique courante en Beaujolais, ndlr).”

Côté vigne, l’exceptionnel vient de la précocité du millésime

L’hiver très doux a entraîné un débourrement précoce, le printemps fut globalement chaud et sec et la floraison a ainsi démarré autour du 20 mai, pour se terminer autour du 30 !
Paul Labruyère, du domaine des Cadoles, explique qu’il “n’y a pas vraiment eu d’hiver, puis les vignes ont dû faire face à un manque d’eau et de la sécheresse. Il a fallu travailler les sols pour forcer la vigne à aller chercher au plus profond de ses ressources, penser à la surface foliaire, veiller à garder de l’humidité dans les sols… Nous devons prendre conscience du réchauffement climatiques !”

La diversité des terroirs en Beaujolais entraîne des situations différentes, mais globalement tout le monde s’accorde sur le très bel équilibre qui préside à ce millésime. De très belles maturités phénoliques cohabitent avec une grande fraîcheur et une acidité nécessaire et garante de vins de garde conservée.

Pour Dominique Piron, président d’InterBeaujolais, “le gamay a montré une fois de plus sa capacité à s’adapter aux variations du climat. C’est rassurant, ce sera un bon point pour l’avenir !”