Publiées ce vendredi 25 août, les derniers chiffres d’Agreste, le service d’études du ministère de l’agriculture, confirment des vendanges historiquement basses en Languedoc-Roussillon. Confronté à un recul national de la production de 18 %, le monde viticole en appelle à un réengagement financier de l’État sur la gestion des risques climatiques en agriculture.

Commencées le 10 août avec une exceptionnelle précocité, les vendanges tournent à plein régime en Languedoc-Roussillon. Mais si elles sont exceptionnelles par la qualité sanitaire des baies déjà récoltées, elles s’annoncent aussi historiquement basses. Selon les prévisions publiées vendredi 25 août par Agreste, le service d’études du ministère de l’Agriculture, ce millésime 2017 devrait se traduire dans les cuves par un volume de 11,4 millions d’hectolitres, contre 12,3 M hl en 2016 et 12,9 M hl en moyenne ces cinq dernières années.

L’Hérault impacté par le gel

Autrement dit, pour les viticulteurs, c’est la douche froide, les estimations de vendange étant chaque jour revues à la baisse depuis les premières prévisions de FranceAgrimer, publiées en juin dernier. Dans le Gard (2,7 M hl) confronté à la sécheresse, les volumes sont en retrait de 670 000 hl par rapport à l’an passé. Département le plus impacté par le gel, l’Hérault (4,2 M hl) perd 880 000 hl par rapport à la moyenne quinquennale. Seul département à observer une augmentation de sa production – de 18 % avec 0,8 M hl –, les Pyrénées-Orientales tirent leur épingle du jeu, mais il faut nuancer ces chiffres dans un contexte de net recul de la production de ce département ces dernières années.

En cause ? La grêle, le déficit hydrique et le gel sévère de printemps qui a touché, à un stade sensible de la vigne, tous les bassins viticoles français, à des degrés divers.
Mais la baisse pourrait se révéler bien plus importante dans les prochaines semaines, selon Jérôme Despey, président du conseil spécialisé vins de FranceAgrimer et secrétaire général de la Fédération national des syndicats exploitants agricoles (FNSEA). « Le Languedoc-Roussillon et la façade méditerranéenne ont été confrontés ces deux derniers mois aux chaleurs estivales et au manque d’eau, explique ce viticulteur héraultais. Le poids des baies est très léger, avec peu de jus. Plus on vendange, plus on s’aperçoit d’une perte de récolte. À titre personnel, j’ai vendangé la moitié de mon vignoble où j’observe une perte de production de 25 %, au lieu des 10 % estimés en début de récolte. »

Information confirmée par Isabelle Ribes, responsable du service économique à Coop de France Languedoc-Roussillon : « On table sur une récolte régionale entre 10,5 et 11 M hl, selon la dernière enquête réalisée cette semaine auprès de nos 200 adhérents (ils représentent 70 % de la production régionale, NDLR). C’est la plus petite récolte depuis le gel de 1956. »

Vers une réforme du système assurantiel

Dans ce contexte, Jérôme Despey a sollicité une rencontre avec le ministre de l’Agriculture, dès la rentrée : « Avec des baisses de production entre 20 et 80 % selon les viticulteurs impactés par le gel, je suis très inquiet sur l’impact économique de ce millésime », justifie-t-il. Car pour le secrétaire général de la FNSEA, la plupart de ces vignerons ne seront pas indemnisés, l’État ayant abandonné le régime de solidarité au profit des assurances.

« C’est un risque qui est assurable, mais trop cher pour les viticulteurs qui ne pourront pas bénéficier des calamités agricoles pour indemniser leurs pertes de récolte. Actuellement, en Languedoc-Roussillon, seules 15 % de nos superficies sont assurées », insiste Jérôme Despey qui demande au ministère une exonération totale de la taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFNB) et une prise en charge des cotisations sociales MSA, afin de faciliter dans les prochains mois la trésorerie des structures viticoles. « Il faut d’une façon générale améliorer le système assurantiel du monde viticole et le rendre plus incitatif, aux vues des aléas climatiques que nous connaissons de plus en plus fréquemment », conclut-il.