(photos DR et F. Hermine)
(photos DR et F. Hermine)

– La Confédération paysanne a organisé dimanche matin des vendanges sauvages dans un domaine détenu, selon elle, par le géant du luxe LVMH à La Motte (Var), pour protester contre « l’accaparement du foncier agricole », a constaté un correspondant de l’AFP.

Deux cents personnes ont répondu à l’appel de ce syndicat agricole minoritaire et ont participé à cette action sur une parcelle de vignes appartenant, selon les militants, au Château d’Esclans. LVMH a pris le contrôle en 2019 de ce domaine de 267 hectares, dont 74 hectares en vignes AOP Côtes-de-Provence, en acquérant 55% des parts via sa
filiale Moët Hennessy.

« L’enjeu, c’est de dénoncer l’accaparement des terres qui a lieu aujourd’hui à travers des grosses sociétés qui se revendent des parts financières entre elles et qui échappent à tous les outils de régulation et de répartition des terres agricoles« , a relevé Sylvain Apostolo, porte-parole de la Confédération paysanne dans le Var.

L’action s’est déroulée dans le calme, sous l’œil des gendarmes et d’agents de sécurité du domaine qui ne sont pas intervenus pour stopper la vendange de quelques rangs de vignes. Les militants se sont ensuite rendus non loin, sur le chantier d’une cave en construction pour presser le jus du raisin vendangé. Les militants et les sympathisants de la Confédération paysanne, soutenus par le mouvement Les soulèvements de la terre, étaient venus de la France
entière pour participer à cette action, entonnant notamment des chants visant le dirigeant de LVMH, Bernard Arnault. « Trouver des terres, c’est très compliqué, j’y ai passé deux ans, il y a beaucoup de choses qui passent sous les yeux de la Safer (organe de régulation du foncier agricole, ndlr) sans qu’elle puisse rien faire et ça, c’est ce contre quoi on milite, les montages sociétaires font que des ventes se font sans qu’on puisse les réguler« , a raconté Gwenaëlle Le Bars, une trentenaire viticultrice installée à Saint-Maximin qui dénonce aussi l’augmentation du prix des terres.
« En 2017, dans un domaine où je travaillais, les terres s’achetaient 15.000 euros l’hectare, aujourd’hui c’est 30.000« , a-t elle ajouté estimant que les prix peuvent même atteindre 120.000 euros l’hectare pour des terres classées en Côtes-de-Provence.

« L’augmentation des prix freine l’installation, surtout hors cadre familial comme moi, et même pour la transmission c’est compliqué, les terres ont pris tellement de valeur qu’au moment de la transmission, les frais à payer sont tellement énormes que parfois il vaut mieux vendre », ajoute la viticultrice. La Confédération paysanne, qui lutte « contre l’opacité du marché des parts sociales« , plaide pour « doter les Safer de moyens financiers dédiés, garants de leur impartialité dans l’instruction des dossiers« . Car, selon elle, en 2019 par exemple, les transactions par achat de parts de société ne
représentaient que 6,5% des transactions liées au foncier agricole mais près de 60% des surfaces vendues.

Sollicité par l’AFP, LVHM n’était pas joignable dans l’immédiat.