(photos I. Bachelard)
(photos I. Bachelard)

Pour célébrer les 35 ans de ses appellations Vendanges Tardives et Sélection de Grains Nobles, l’Alsace enregistre un volume à la baisse. Heureusement que le généreux 2018 avait très largement rempli les caves.

Pour célébrer les 35 ans des Vendanges Tardives (VT) et Sélection de Grains Nobles (SGN), l’Alsace aurait bien aimé engranger une récolte généreuse et qualitative. Ce n’est vraiment pas le cas question volume, mais la faible récolte recensée au 1er décembre sera savoureuse, car les règles très strictes d’obtention de ces labels garantissent plus qu’un minimum de qualité. Le nombre d’amateurs de vins doux diminue, on le sait, mais ceux qui les apprécient lorsqu’ils sont véritablement réussis auront tout de même un petit million de bouteilles de 50 cl à se partager. Une goutte de 0,5% dans la production alsacienne, modérée cette année en raison de la sécheresse estivale.

En 2019 donc, il faudra se contenter de 5 182 hl, moins d’un tiers de la moyenne des dix dernières années, et un cinquième de la généreuse récolte de 2018 qui atteignait le chiffre record de 28 230 hl. La proportion de Sélections de Grains Nobles (SGN) n’est que de 15%, alors qu’elle atteignait le chiffre record de 41% en 2018. Les stocks suffisants de VT et SGN expliquent que beaucoup de vignerons n’ont pas voulu prendre de risque, devant l’humidité du mois de novembre et la concurrence des oiseaux, toujours friands de sucre en fin de saison lorsqu’il n’y a guère à picorer dans les vergers.

Des vendanges soignées de A à Z

Le vin qui arrive dans une bouteille de Vendanges Tardives ou Sélection de Grains Nobles a vécu un véritable parcours du combattant pour être à la hauteur. D’abord, les parcelles de vignes qui permettent ce type de récolte ne sont pas choisies sur quelques belles journées d’octobre ou novembre, elles doivent être déclarées dès l’été. Ensuite le jour de la récolte, manuelle bien sûr, le vigneron prévient l’Association des viticulteurs d’Alsace qui envoie un de ses agents vérifier la teneur en sucre des raisins, apte à faire un grand vin moelleux ou un grand liquoreux en fonction de la proportion de raisins atteints de pourriture noble. Le moût est également vérifié le lendemain au pressoir, avant le début de fermentation. Deux dégustations interviennent ensuite, pendant l’élevage de façon volontaire et au bout de 18 mois obligatoirement. Cette dernière dégustation est faite par l’organisme de certification Qualisud.

Le muscat est une rareté alsacienne

Wolfberger, la cave coopérative née à Eguisheim (Haut-Rhin), profite de l’occasion pour sortir une nouvelle cuvée de Vendanges Tardives. C’est un millésime 2017, issu du cépage muscat, un cépage très aromatique apprécié, mais très minoritaire en Alsace et que la Cave n’avait jamais ainsi vinifié, se concentrant sur les gewürztraminers, pinots gris et rieslings. Les Vendanges Tardives et Sélection de Grains Nobles n’existent que dans ces quatre cépages dits nobles. C’est vrai qu’ils se prêtent bien à la surmaturité, mais quelques producteurs se demandent s’ils ne gagneraient pas être assemblés. En associant les spécificités de deux cépages à la richesse de la surmaturité et de la pourriture noble, on pourrait encore gagner en complexité et en arômes. “Quand le botrytis est beau, je vois bien un assemblage du pinot gris et du gewürztraminer” précise Frédéric Schmitt au domaine François Schmitt de Orschwihr (Haut-Rhin). L’assemblage a été introduit dans les Grands Crus, le sera-t-il un jour dans les VT et les SGN ?