La maison de négoce bordelaise Cordier-Mestrezat, qui fête son bicentenaire en 2015, s’offre une nouvelle jeunesse avec l’entrée massive dans son capital du premier groupe coopératif agricole français, InVivo. En matière de grands crus comme de vins de marque, les ambitions sont immenses.

David Bolzan aime les symboles. Celui qui est depuis neuf ans Directeur Général de Cordier-Mestrezat aime rappeler que ces deux maisons de négoce historiques (Mestrezat fête cette année ses 200 ans…) ont fusionné le 1er juin 2000. Et, pratiquement quinze ans après jour pour jour, les deux entités séparent finalement leurs activités, à la faveur d’une évolution capitalistique de grande ampleur.

En effet, InVivo, premier groupe coopératif agricole français, entre à 78% au capital de Cordier, les 22% restants étant toujours détenus par le grand groupe coopératif viticole Val d’Orbieu, présent au capital depuis 1997. Exit, donc, Tag et le Crédit Agricole, les précédents investisseurs, et place à une nouvelle stratégie ambitieuse, qui passe par une séparation nette des activités de Cordier et Mestrezat, « qui répondent à des cycles et à des besoins différents ».

Mestrezat pour le luxe…

Mestrezat, toujours piloté par David Bolzan, va continuer à creuser son sillon dans la valorisation des grands crus et du savoir-faire haut de gamme français. Cela passe notamment par l’arrivée de nouveaux investisseurs dès cet été. « Il faut adapter les grands crus aux nouveaux modes de consommation. Mestrezat, qui hérite de 200 ans d’histoire, doit incarner le bordeaux du 21ème siècle, et à ce titre cela nous donne plus de devoir que de droits. Nous allons donc continuer à développer notre activité de négoce dans 135 pays, à peaufiner notre personnalisation de l’offre bordeaux (voir plus loin) et à créer des produits de collection pour une clientèle VIP », explique David Bolzan.

Un positionnement fort qui n’a échappé à personne, puisque François Hollande lui-même s’est arrêté hier sur le stand de Cordier-Mestrezat pour admirer les grands formats et les malles luxueuses réalisées « made in Bordeaux ». Dans un registre moins élitiste mais tout aussi soigné, David Bolzan présente pendant ce Vinexpo la Nano4box, une version astucieuse de la caisse de 4 bouteilles imaginée par Cordier-Mestrezat, mais réservée aux demi-bouteilles – un packaging particulièrement indiqué pour les grands crus de Sauternes, par exemple.

… Cordier pour les marques

Du côté de Cordier, on peut s’attendre à beaucoup de changements dans le semestre à venir. Pilotées par Bertrand Girard, Président du Directoire de Val d’Orbieu (qui à partir d’aujourd’hui va s’appeler Vinadeis), les équipes de la maison de négoce vont s’atteler à remettre à plat toute la stratégie de marque. « Nous voulons passer la vitesse supérieure avec le développement de cette belle société », explique Bertrand Girard. « Cordier est une très vieille dame avec une belle histoire. Nous allons nous attacher, patiemment, à revisiter la marque et ses attributs, à la redéployer à l’international. Tout ne sera pas forcément chamboulé, mais nous voulons repenser la gamme pour nous positionner sur des vins entre 8 et 15 €. Nous avons le souhait, avec InVivo, de faire émerger un grand acteur de la coopération viticole qui maîtrise parfaitement le sourcing. Et de doubler notre chiffre à l’export dans les six ans. Bordeaux est la plus belle plateforme du vin français à l’international, il faut nous appuyer sur cette force ».

Mathieu Doumenge