Thierry Fritsch, œnologue de l’interprofession des vins d’Alsace et Caroline Furtoss, Alsacienne de naissance et sommelière chez Jean-François Piège, présentaient à Vinexpo une sélection de vins d’Alsace à la découverte de ses Grands Crus.

L’Alsace en compte 51 « aux noms alsaciens difficilement prononçables par le public français. Je recommande vivement aux amateurs de se simplifier la vie », résume Caroline Furtoss. « Ne cherchez pas à apprendre les 51 par cœur, cherchez surtout à identifier et à retenir vos dix crus préférés ! Vous aurez alors tout le temps d’explorer leurs voisins, de géographie ou de style. »

Vins de fruit et vins de pierre

La production de grands crus ne représente que 4% des vins produits en Alsace. Une telle variété de crus sur de si petites quantités complique encore les choses ! Mais on peut trouver des repères, un premier, très simple, tient à la géologie, explique Thierry Fritsch.

« On peut distinguer deux types de vins en Alsace et cette distinction s’exprime encore plus nettement sur les grands crus. Il importe de distinguer les vins de fruit et les vins de pierre. Les vins de fruit naissent sur les sols de granit et de gneiss, ils sont aromatiques, expressifs, fins et avenants. Les vins de pierre naissent sur les autres sols que compte l’Alsace : sols de grès, sols volcaniques (où ils prennent souvent une note fumée), sols d’argile, de marnes ou de schiste. Ils sont plus tendus, expriment une minéralité qui peut demander du temps pour se révéler. »

Sublimes Rieslings

En entrée, le roi Riesling :
– Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé 2013 (« un millésime austère, qui demande du temps ») chez Louis Sipp, sur un sol marneux-calcaro-gréseux propre à produire un vin de pierre, tendu et ciselé, avec malgré tout un très beau fruit jaune, exotique (papaye et mangue) nanti de touches d’agrumes qui soulignent sa fraîcheur.
– Grand Cru Praelatenberg du domaine Fernand Engel, sur un sol sableux sur une roche mère de gneiss, ce vin s’exprime dans « un registre pâtissier », qualifie Caroline Furtoss avec gourmandise « sur des notes beurrées, avec de la fleur d’oranger et une touche de cire d’abeille qui signe les premières traces d’évolution du Riesling ». Et pour cause : son millésime, 2010, « est l’un des plus beaux de sa décennie », précise Thierry Fritsch.
– Grand Cru Kitterlé, 2010, Domaines Schlumberger, sur ce terroir volcanique et gréseux, le vin de pierre s’illustre tout en finesse avec quelques années d’évolution et beaucoupd enotes fleuries (fleurs blanches, tilleul) et des notes fumées, voire torréfiées « mais ce vin n’a pas vu le bois ! C’est le sol volcanique qui parle ! », rappelle Thierry Fritsch. La bouche est très longue et droite sur une arête acide vertigineuse qui promet un horizon de vieillissement très lointain.
– Grand Cru Kanzlerberg, 2008, Gustave Lorenz : nous sommes là sur « le plus petit grand cru d’Alsace », du haut de ses 3, 23 hectares, l’évolution dévoile pour la première fois des notes d’hydrocarbure qui inspirent Thierry Fritsch « parler de pétrole systématiquement pour décrire les notes d’évolution du Riesling, c’est un abus de langage ! On trouve ces notes sur des vins issus de sols lourds, de marne notamment, alors que sur d’autres sols et notamment sur les sols granitiques, dans les vins de fruit, le Riesling évolue vers des notes de fruit compoté ». Sur le sol argilo-calcaire du grand Cru Kanzlerberg, ce 2008 s’exprime bien sur une note de pétrole de lampe, fine et minérale, flanquée d’une richesse épicée (gingembre, poivre blanc) que l’on retrouve en bouche, avec une finale astringente, presque tannique, qui traduit la densité d’un vin taillé pour la gastronomie.

Anne Serres

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