« 320 jours de soleil en 2013 » : les vins du Languedoc annoncent la couleur pour un millésime où le soleil a bien fait toute la différence. Le salon Vinisud a été une première occasion de venir à la rencontre de ce nouveau millésime en Languedoc (et plus largement pour l’ensemble des vins du Sud de l’Europe représentés au salon).

Dans tant d’autres régions de France, 2013 est décrit, selon la personnalité des vignerons, comme « particulièrement difficile avec une importante pression sanitaire » par les uns. Et plus simplement « pourri » par les autres.
Alors que la production des autres régions est au plus bas, le Languedoc signe sa plus grosse récolte depuis le décrochage de 2007, avec 13, 5 millions d’hectolitres (Mhl) sur un total national de 43 Mhl.

La pluie au printemps, le soleil l’été : les exceptions qui ont fait le millésime
L’interprofession des vins du Languedoc (CIVL) a donné une conférence lors du salon Vinisud qui a fait le point sur les caractéristiques et la qualité du millésime.
Le soleil de juillet à septembre a permis la quantité, par exception aux autres régions de France. Et la qualité ? Le Languedoc la doit aussi aux pluies de mars à juin. Elles ont gonflé les terres et les nappes et ont écarté, en 2013, le principal problème du vignoble languedocien en année classique : le manque d’eau. En proie au stress hydrique, la vigne coupe les vannes de la sève vers les baies et les feuilles et bloque son processus de maturation. Le raisin brûle mais ne mûrit pas. Ces blocages causent des déséquilibres perceptibles à la dégustation sur les millésimes les plus chauds : les vins ont des arômes de fruit cuit mais des tanins verts et durs.

En 2013, rien de tout ça, la dégustation révèle
, en plus d’une fraîcheur inédite, des tanins particulièrement souples et goûteux. « On retrouve toutes les caractéristiques de la maturation lente : acidité préservée, arômes de fruits très frais, finesse de la trame tannique », a précisé Stéphanie Prabonnaud, œnologue-conseil associée chez Natoli & Coe lors de la conférence du CIVL.

Les spécialistes s’accordent pour dire que l’eau qui a gonflé les terres et les nappes au printemps a permis des rendements élevés et certains craignent un millésime dilué. On note cependant que cette élévation des rendements concerne les vignobles de plaine, alors que la plupart des vignobles de coteaux affichent, comme chaque année, des rendements modestes.

Face à un millésime 2013 qui fait donc exception dans une tendance au réchauffement climatique et à la raréfaction de la ressource en eau, le CIVL a annoncé son soutien financier à la recherche et ses encouragements à la mise en place de l’irrigation dans les vignobles concernés (essentiellement en plaine, pas en appellation, sauf exception comme pour les très jeunes vignes).

Des vins du Nord ?

« Les vins sont prometteurs, mais pas encore très flatteurs ni faciles à goûter », a expliqué Stéphanie Prabonnaud, « nous ne sommes pas sur des équilibres classiques, et les réussites sont particulièrement intéressantes sur les cépages qui souffrent d’habitude le plus du stress hydrique et notamment les cépages venus de climats frais, comme le Nord de la Vallée du Rhône, Syrah en rouge et Viognier en blanc, mais aussi Roussane, Marsanne ou Chardonnay. Les cuvées en cours d’élevage sont particulièrement intéressantes à suivre, leur structure repose sur une fraîcheur qui promet de les porter loin».

« Sur ces équilibres très prometteurs », conclue Matthew Stubbs MW, qui animait une master-class sur les grands terroirs du Languedoc, « on retrouve tout de même des constantes qui signent la personnalité languedocienne des vins au-delà de l’effet millésime. Ce sont des constantes aromatiques : des notes de garrigue que l’on ne retrouve nulle part ailleurs et qui sont d’autant mieux en valeur dans une structure d’ensemble fraîche, fondue et équilibrée ».