(photos F. Hermine)
(photos F. Hermine)

Les 10 producteurs de ce vignoble sur les hauteurs de Nice ont développé ces dernières années une vraie typicité dans les trois couleurs basée sur des cépages rares et locaux.

D’un côté, les Alpes dont on aperçoit l’hiver les sommets enneigés, de l’autre la Méditerranée et son horizon azur. Le vignoble de Bellet est pourtant très urbain, enserré entre les belles résidences des hauteurs de Nice. Il semble tutoyer les nuages quand le brouillard envahit encore la vallée du Var. Toutes les vignes sur les collines de Cremat et Saquier, à 200-300 m d’altitude, profitent de panoramas époustouflants bénéficiant d’un fort ensoleillement et balayés par les vents alpins qui assainissent le vignoble, “à 99% bio, assure le président de l’appellation Gio Sergi. La plupart des domaines sont en bio ou en conversion et ceux qui ont de trop petites productions pour être certifiés travaillent sans désherbant ni herbicide”.

Des micro propriétés sur le poudingue

L’appellation compte aujourd’hui une dizaine de producteurs sur une cinquantaine d’hectares – ils étaient une centaine il y a un demi siècle avec seulement un quart des propriétés dépassant un hectare. La plupart des domaines ne produit que quelques milliers de bouteilles, à l’exception des deux châteaux, Bellet et Crémat, principaux producteurs et très actifs en matière d’œnotourisme. Les sols silico-calcaires ont cimenté les galets roulés et forgé un poudingue résistant à l’érosion et particulièrement drainant pour la vigne, parfois maltraitée par de violents orages. Un microclimat propice à des cépages locaux que l’on ne trouve nulle part ailleurs : le braquet, la folle noire complétés principalement par le rolle pour les blancs (environ un tiers de la production), grenache et cinsault pour les rouges (40%) et les rosés (un gros tiers). Ils sont plantés sur des planches (restanques), terrasses à flanc de collines qui profitent du bel ensoleillement de la Côte d’Azur. Le rolle ici, souvent en monocépage, développe une vivacité citronnée sur les agrumes et une belle salinité, les grappes volumineuses de folle noire, plutôt en assemblage dans les rouges, des arômes de griottes ou de fruits à noyau sur des notes poivrées et des tanins très fondus, le précoce braquet (ou brachet), en monocépage ou largement majoritaire dans l’assemblage, donne des rosés particulièrement aromatiques sur la rose, la violette et les épices douces.

A la reconquête de Nice

Mais les Niçois au pied des collines ont trouvé pendant longtemps les vins de Bellet “pas bons et trop chers”. Ça, c’était avant, quand le cahier des charges n’avaient pas encore fixé de façon draconienne les rendements à 40 hl/ ha qui descendent souvent à moins de 25, la proportion de cépages principaux à un minimum de 60%, l’interdiction du désherbage chimique, l’obligation des vendanges manuelles, un élevage en barriques d’au moins un an pour les rouges… “Ghislain de Charnacé à la tête du Château de Bellet pendant plus de 40 ans avait beaucoup replanté, restructuré et incité ses voisins à en faire de même, militant pour une recherche de typicité et une rigueur dans la production et la vinification qui a incontestablement fait faire un bond qualitatif considérable aux vins de Bellet dans leur ensemble. Le vin est devenu bon mais reste cher, en moyenne 20-25€. “Apres tout, il ne l’est pas plus que les bandols et certaines cuvées de prestige de côtes-de-Provence et ici, nous avons des conditions de production autrement plus difficiles sur nos pentes escarpées” se défend Bernard Nicoletti du Chateau de Toasc. Reste à reconquérir les Niçois et à les convaincre qu’ils ont des trésors en bouteilles dans leurs collines. Les portes ouvertes en juin et novembre, la fête de la Saint Vincent en janvier y contribuent, une autre manifestation dans les caveaux est en réflexion.

Liste des producteurs :

Domaine de Toasc
Collet de Bovis
Domaine Saint-Jean
Château de Crémat
Clos Nicea
Clos Saint-Vincent
Via Julia-Augusta
Château de Bellet
Domaine de Vinceline
Domaine de la Source