(Photo JM Brouard)
(Photo JM Brouard)

La maison champenoise vient de dévoiler le dernier opus de sa cuvée de prestige. Très attendue, elle ne déçoit pas et impose un style bien reconnaissable et très flatteur.

Autant le dire tout de go, le clos des Goisses n’est pas de ces bouteilles que l’on boit souvent. Tout d’abord, son prix (189€) ne le met pas à la porter de tous. Mais surtout, c’est un grand champagne de gastronomie qui mérite d’être accompagné par des agapes dignes de ce nom. Né sous des auspices presque inhospitaliers, sur un terrain à la pente parfois vertigineuse, ce vin est l’une des pépites de la Champagne. Mais chose rare, il ne joue ni les précieux ni les arlésiennes et ne se fait pas désirer de longues années entre chaque sortie de millésime. Voilà ce qui en fait certainement la plus grande force. Charles Philipponnat, PDG du clos dans la famille depuis 1935, tient à ce que cette cuvée soit produite chaque année, quelques soient les difficultés rencontrées. Il serait tellement plus simple de se cantonner à des millésimes à la conjonction de facteurs parfaits. Mais Charles croit en l’exceptionnelle qualité de ce terroir exposé plein sud « qui mérite d’être vinifié chaque année ». C’est le cas depuis 1988. Parfois, l’exercice s’avère périlleux et il est alors nécessaire d’aller chercher la substantifique moelle donnant, in fine, des volumes minuscules. C’est le cas du Clos des Goisses 2001 (7000 bouteilles seulement) dont Charles aime à rappeler qu’à l’aveugle, nombre de dégustateurs pensaient lors de sa présentation avoir à faire au prestigieux 2002. Tout un symbole.

Puissance et élégance en parfaite harmonie

L’un des secrets de ce Clos, ceint de murs depuis 1887 ce qui en fait le plus vieux du genre dans la région, c’est qu’il bénéficie d’un climat très particulier. Sa pente lui assure un ensoleillement plus calorifère qu’ailleurs et donc un mûrissement optimal. Ses 14 parcelles de tailles variables (de 12 ares à 70 ares) sont vinifiées séparément ou deux par deux, une partie l’étant dans des pièces bourguignonnes pour apporter une oxydation très mesurée. Au final, le pinot noir majoritaire (61% dans ce 2009) exprime une force aromatique de premier plan sur les épices, le foin et un léger fumé. Là encore, le très long vieillissement sur lies (8 ans) permet une totale autolyse des levures et donc une libération maximale d’arômes. Dosé à 4,25g comme chaque année, il charme par la grande fraîcheur de milieu de bouche qu’il conserve. L’absence de fermentation malolactique est un élément déterminant ici pour parvenir à ce degré d’équilibre. Inutile toutefois de se précipiter. Ce 2009 pourra s’épanouir dans le temps comme ses illustres aînés 1999 ou 1989, toujours parfaitement fringants. La marque des grands.