Photos F. Hermine
Photos F. Hermine

Comme Château, Cru ou Hospices, le terme pour définir une exploitation viticole ne peut être utilisé comme bon semble au vigneron. Une dizaine de clos, de Bourgogne bien sûr mais également de Beaujolais, Champagne, Cahors, Blaye et Minervois, s’étaient réunis la semaine dernière pour « clauser » vins chez Il Vino à Paris.

Pas de clôture, pas de clos. Les raisins d’un clos doivent provenir d’une seule exploitation sur laquelle est réalisée la vinification, et même de parcelles délimitées par des murs ou des haies vives. De plus, le vin est déclaré obligatoirement en AOC. Certains clos sont enregistrés au cadastre depuis des siècles, d’autres ont été découvert récemment comme les 9 ha entourés de murs en pierres sèches et révélés en 1997 par Gérard Bertrand qui y produit depuis le millésime 2012 le Clos d’Ora. En France, le terme « clos » est censé être contrôlé par les Fraudes dans le cadre du décret européen sur l’étiquetage qui implique la clôture de la parcelle par les murs ou les haies ou une appellation qui comporte déjà ce terme (Clos-Vougeot, Clos-des-Lambrays…) Pas sûr que tous les clos de France et de Corse soient dans les clous… Sans compter les États-Unis qui menacent, comme pour le mot Château, de nous piquer la mention Clos; ils ont même fait une demande d’enregistrement auprès de l’Union Européenne comme mention traditionnelle pour les vins américains. Mais le terme est sans contrainte outre-Atlantique; il suffit d’enregistrer la marque. Chez nous, cela s’appelle distorsion de concurrence et tromperie du consommateur.

Micro-climats sur les meilleurs coteaux

Quand on dit Château, on pense Bordeaux ; quand on dit clos, on évoque d’emblée la Bourgogne qui en compte environ 90. « Les premiers clos nous viennent des Bénédictins et des Cisterciens qui ont cultivé la vigne des les premiers siècles de notre ère, explique Philippe Pascal du Cellier aux Moines. Ils étaient entourés de palissades en bois au Moyen-Age mais comme en Bourgogne, à chaque fois que l’on bêche une vigne, on remonte des pierres, on les a utilisées pour délimiter des parcelles ». Chaque abbaye cultivait ses vignes, parfois loin des monastères et couvents, et les murs les protégeaient en particulier du bétail en liberté. Parmi les plus anciens, le clos de Bèze, le clos Charlemagne, le clos Vougeot (15 ha en 1110, une cinquantaine aujourd’hui et de nombreux propriétaires), le clos de Tart, le clos du Cellier aux Moines… Les moines cisterciens ayant essaimé partout en France et en Europe, notamment en Suisse et en Allemagne, on en retrouve désormais dans toutes les grandes régions viticoles, Bordeaux, Beaujolais, Val de Loire, Cahors, Minervois, Corse et même une trentaine en Champagne. « Ils bénéficient souvent d’un micro-climat, d’une belle exposition et sont en général situés sur les meilleurs coteaux » rappelle Charles Philipponnat. Une dizaine s’étaient regroupés cette semaine à l’initiative de l’agence Transversal chez le sommelier Enrico Bernardo… rebaptisé ‘Enriclo’ pour l’occasion.

Sélection :
Clos Cazals (Champagne)
Clos des Goisses de Champagne Philipponnat
Clos du Cellier aux Moines (Givry 1er cru)
Clos des Ursules de Maison Louis Jadot (Beaune 1er cru)
Clos du Moulin à Vent du Domaine Labruyère (Beaujolais)
Chateau Clos du Loup des vignobles Bouillac (Blaye Côtes de Bordeaux)
Clos Triguedina de Jean-Luc Baldès (Cahors)
Et plus récent, le Clos d’Ora de Gérard Bertrand (Minervois la Livinière) et son 1er millésime 2012

Pour plus d’infos
Le Cellier aux Moines et son Clos, Neuf siècles au cœur de la Bourgogne (éditions Assouline)
Les moines et le vin de Desmond Seaward (Pygmalion)