Les rouges 2012 de Pessac-Léognan

Fraîchement mis en bouteille et déjà sur le marché, les rouges 2012 de Pessac-Léognan forment un bataillon hétérogène survolé logiquement par les crus classés. Quelques inattendus rebattent les cartes, qui ne nous ont pas échappé…

CE PALMARÈS A ÉTÉ PUBLIÉ DANS « TERRE DE VINS » N°32 (NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2014)

Pessac-Léognan est en quelque sorte le dépositaire du caractère bordelais. Dans cette bande des Graves qui s’étend des portes de Bordeaux au sud de Langon, la partie septentrionale, protégée climatiquement par la forêt des Landes, a tiré son épingle du jeu par la qualité de ses vins, pour former en 1987 l’appellation Pessac-Léognan.
Près de la ville, grignotés par l’urbanisation, les châteaux de la commune de Pessac (Haut-Brion, La Mission Haut-Brion, Pape-Clément…) se distinguent de ceux de Léognan, qui forment la majeure partie des troupes. Sur un sol proche de celui du Médoc, mais un sous-sol très particulier, formé de graviers et de galets roulés, avec une variété de cailloutis exceptionnelle, les vins de Pessac-Léognan offrent un caractère singulier, alliant puissance et race et surtout un velouté de tannins réjouissant, que seuls Margaux ou Saint-Julien peuvent parfois approcher.

Unique en son genre sur le territoire bordelais, cette appellation garde les pieds sur terre et la tête au frais, progressant régulièrement et resserrant les rangs. Nous avions déjà pu apprécier cette évolution favorable à trois reprises, sur les premiers et les seconds vins, en blanc comme en rouge. Nous remettons en jeu ces palmarès, testant cette fois-ci exclusivement des rouges du millésime 2012. Première constatation : ce n’est pas une année de pleine puissance et de grande majesté, cependant on aurait tort de l’écarter trop rapidement car certains des vins dégustés ont livré des saveurs justes, un bon équilibre et beaucoup de fraîcheur. Deuxième constat : les crus classés (16 châteaux au total, tous n’avaient pas présenté de vin) font toujours la course en tête mais des outsiders les talonnent. Dans ce millésime réputé un cran en-dessous des éblouissants 2010 et 2009, plus posé que 2011, les efforts ont redoublé et les écarts se sont réduits. Des propriétés qui par le passé ne nous avaient pas bluffés reviennent sur le devant de la scène : avec des prix plus dociles, il est temps d’en profiter car 2012, surtout sur ce secteur et à ce niveau, sera de garde. Dix à quinze ans pour les meilleurs de notre palmarès est un potentiel sereinement envisageable. L’occasion de découvrir de nouveaux domaines et d’avoir en cave de bien jolies bouteilles sans devoir se couper un bras. Enfin, n’en déplaisent aux nouvelles modes (qui finiront par se démoder) du végétal et du « sans » (sans gluten, sans graisse, sans sucre et désormais sans viande), ces rouges formeront de beaux accords sur des viandes rouges justement, mijotées, familiales. Partage et bonheur garantis !

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