Créés en 1987, les vins de Pays d’Oc IGP célébraient mardi 5 décembre à Montpellier, les 30 ans d’un label dont la réussite, adossée au succès des vins de cépages, pèse aujourd’hui 6 millions d’hectolitres et 120 000 hectares de vignes en Languedoc-Roussillon. Retour sur une saga née de l’alliance sacrée entre deux pionniers, le président des Pays d’Oc Jacques Gravegeal et le négociant sétois Robert Skalli.

Comme l’odyssée d’Ulysse, le voyage aura été long pour les vins de Pays d’Oc IGP : 30 ans d’aventures et de passions, de résistances – parfois dans le camp même des viticulteurs languedociens récalcitrants au changement qualitatif de leurs systèmes de production -, d’obstacles politiques, de démarches administratives, pour que sortent de terre les vins de cépages Pays d’Oc IGP.

Reconnus en Vins de Pays par le décret du 15 octobre 1987, devenus vins à Indication Géographique le 1er août 2009 et intégrés à ce titre dans la grande « maison » de l’Institut national de qualité et de l’origine (INAO) dont ils dépendent depuis, les vignerons du Pays d’Oc fêtaient mardi 5 décembre à Montpellier la réussite d’un label pionnier, adossé dès l’origine au concept novateur des vins de cépages.

« Le Languedoc était il y a trente ans confronté à une dégradation continue du secteur des vins de table et nous ne pouvions pas augmenter nos aires de production d’appellations, rappelle Jacques Gravegeal, à l’époque président des Jeunes Agriculteurs de l’Hérault. Le saut qualitatif était une nécessité mais il fallait trouver autre chose, un moyen de valoriser les vins du Languedoc hors AOC en rassemblant les Vins de Pays (le Languedoc comptabilisait à l’époque 140 dénominations de Vins de Pays, NDLR) dans une unité. La réponse a été les vins de cépages. »

L’Odyssée des vins de cépages

C’est lors d’un voyage en Californie au début des années 80 que Jacques Gravegeal prend la mesure de cette approche très nouveau monde des vins de cépages. « Les Californiens misaient tout sur le vin de cépage, d’abord en copiant le modèle français avec des Cabernet Bordeaux, des Merlot Bordeaux, puis en communiquant uniquement sur le nom du cépage. Ce concept anglo-saxon en phase avec les attentes des consommateurs, était en passe de supplanter l’approche latine des vins AOC », explique-t-il. Au même moment sans que les deux hommes ne se connaissent, le négociant sétois Robert Skalli, propriétaire d’un domaine dans la Napa Valley, en Californie, fait le même constat. Leur rencontre, en 1987, sera décisive. Car comment vendre ces vins d’un nouveau genre ? Robert Skalli, le premier, offrira un débouché aux Pays d’Oc en leur ouvrant les portes du négoce via la marque de distributeur « Fortant de France ». Elle commercialisera les deux premières années, 100% des vins du Pays d’Oc.

L’alliance sacrée

« Le Languedoc vivait à cette époque des moments terribles, la viticulture était en souffrance entre ce que j’appelle les vins misères (les vins de table ou destinés à la distillation) et les vins mystères (les AOC) dont les volumes n’étaient pas suffisants, explique Robert Skalli. On s’est sentis l’un et l’autre portés par l’envie d’apporter une réponse à la viticulture languedocienne en lui offrant un débouché novateur et on a eu cette chance au même moment de voir le monde bouger pour les vins de cépages. »

En 1987, le patron de la maison Skalli trouvera aux vins du Pays d’Oc un débouché international. « Je représentais à Paris lors d’un événement organisé par la Sopexa, les vins du Languedoc et le concept des vins de cépages, se souvient-il. Dans la salle, Gérard Yvernault, le P-dg de la société importatrice Cobrand à New York, me contacte. Une semaine plus tard, nous vendions nos premiers vins de cépages Pays d’Oc aux USA sous la marque Fortant et très vite, les commandes partaient par caisses, jusqu’à 300 caisses représentant 3,5 M de bouteilles. Tout d’un coup, le Languedoc voyait des containers entiers de vins de cépages Fortant Merlot, Fortant Cabernet partir pour l’Amérique, à des prix bien mieux valorisés pour les viticulteurs. Le débouché était inespéré. »

30 ans après, les vins de Pays d’Oc IGP célèbrent leur succès : partis de 200 000 hectolitres, ils représentent aujourd’hui 120 000 hectares de vignes soit la moitié du vignoble du Languedoc-Roussillon (de 240 000 ha) pour une production de 6 M d’hectolitres, équivalent à 743 millions de cols commercialisées dont 48% à l’export. Label leader, la 1ere IG française en volume et à l’export prépare désormais l’avenir et les 30 prochaines années. « Nous avons consacré vingt ans à la restructuration du vignoble via un travail de ré-encépagement, pour construire une offre de vins de cépages de qualité autorisant le recours à 58 cépages, au process de traçabilité unique (100% des certifiées par le bureau Véritas), en alternative aux surfaces non classées en AOC », résume Florence Barthès, directrice générale des Pays d’Oc. Ce succès, qui mobilise aujourd’hui 1200 vignerons installés en caves particulières et 175 caves coopératives (représentant 12 000 viticulteurs) promet de belles années à tous ceux qui feront, demain, le Pays d’Oc.