Douze vignerons du Sézannais (Marne) se sont regroupés pour faire mieux connaître cette partie peu connue du vignoble champenois. Le chardonnay y fait merveille et ce ne sera bientôt plus un… Secraie.

Le Sézannais, ce fut un peu la conquête du « Far South » pour les Champenois. Dans les années 1960, alors que le vignoble pouvait administrativement s’étendre et que les ventes suivaient, nombreux sont ceux de la Côte des Blancs – les Cocteaux, les Copinet, les Richomme, etc. – bien à l’étroit dans leur vignoble, à s’être engagés sur les terres plus au sud.

Car la cuesta crayeuse qui rassemble, de Chouilly à Vertus, les conditions si favorables à la culture du chardonnay, ressort au niveau de Sézanne dans une sorte de prolongement de faille géologique, orientée nord-est / sud-ouest, sur quelques dizaines de kilomètres. On y retrouve la craie si caractéristique du vignoble champenois, mêlée ici à du tuff, de l’argile et du sable.

Ces nouveaux vignerons plantèrent donc. Du chardonnay bien sûr (74 %), c’est un cépage qu’ils connaissaient bien. Du pinot noir aussi (19 %) pour leur fournir du rouge. Du meunier très peu (7 %) car ce cépage de la vallée de la Marne leur était peu familier.

A découvrir

Et voici aujourd’hui plus de 1400 ha d’un vignoble peu connu… du moins du grand public. Car sur la commune de Sézanne, les trois-quarts des vignes appartiennent aux grandes maisons de négoce rémoises et sparnaciennes qui ont depuis longtemps compris l’intérêt de ces chardonnays au fruité rond dans leurs assemblages.

La petite association Secraie née l’année dernière a pour ambition de mieux faire connaître ce secteur. Elle regroupe 12 vignerons sur une portion précise de ce grand vignoble et avec des critères de production drastiques. « Nous avons voulu partir sur l’unité de sol et de sous-sol de la côte de Sézanne, explique Florent Collet du Domaine Collet. C’est nécessaire au départ pour créer une identité de message et de produit, reprise par le slogan « Secraie des vignerons du Sézannais ».

Pour l’amateur de champagne, passer un week-end dans le Sézannais a plus d’un intérêt. Tout d’abord se dépayser dans un vignoble très préservé autour du bourg médiéval pittoresque de Sézanne et une zone de balades nature du Saint-Gond. Ensuite, faire son marché de champagnes ronds fruités, élégants, à des prix très doux !

Voici une sélection (parmi tant d’autres) :

– Champagne Cocteaux : Benoît Cocteaux a le souci des maturités précises, et ce n’est pas une sinécure lorsqu’on a un vignoble très éclaté dont certains terroirs solaires. Son souci paye, avec une gamme de champagnes enlevés, particulièrement son brut nature (22 €) aux notes aromatiques de verveine, anis et menthe.
– Champagne Marie Copinet : un nom célèbre dans la région, et un couple –Alexandre et Marie-Laure – parfaitement aux commandes. Le summum dégusté ce jour là était la cuvée Alexandrine (22 €) à la palette aromatique particulièrement riche et complète.
– Domaine Collet : les 3 frères Collet animent avec punch cette nouvelle association Secraie, ainsi que leur domaine. Nous avons mis en avant leur travail complice et une large dégustation de vins dans le magazine Terre de Vins de décembre (spécial champagnes).
– Champagne Bertrand Doyard : si vous cherchez le champagne d’un vin d’honneur, le voici. Le brut réserve (un tout petit 13, 50 €) est parfaitement construit autour d’une aromatique citronnée, équilibrée et sapide.
– Champagne Barrat Masson : ce jeune duo installé en 2011 est à suivre de près tant il démarre haut. Loïc au vignoble (en bio). Aurélie, œnologue, à la vinification chirurgicale des jus en sortie de pressoir. 3 champagnes seulement (25 – 35 €), mais de la haute-couture.
– Champagne Michel Marcoult : sur le vignoble familial, Julien fait ses essais : vinifications parcellaires, malo-non malo, fûts de chêne ou d’acacia, etc. La patte de vinification est très sûre, les essais menés tambour battant, et à ce rythme le graal sera vite trouvé.