(photos F. Hermine)
(photos F. Hermine)

Les châteauneuf-du-pape ont fait leur réputation sur les rouges mais la production de blancs progresse doucement, offrant des vins à boire dans leur jeunesse mais aussi de garde.

A la préparation du décret, au début des années 30, les producteurs castelneuvois en avaient presque oublié qu’ils faisaient du blanc depuis des siècles, et pas seulement pour le vin de messe. Car pendant longtemps, les cépages blancs entraient surtout dans la composition des rouges. Le premier décret d’AOC en 1936 avec ses 13 cépages autorisés ne précisait même pas la couleur des breuvages, interdisant juste « tout vin rosé taché ou décoloré ». L’année suivante, il sera précisé que l’AOC est accordée « aux seuls vins rouges et blancs ».

Il y a une trentaine d’années, la part de la production de blancs avoisinait jusqu’à 10% mais l’arrachage croissant des parcelles complantées (rendant l’estimation difficile) a réduit considérablement les surfaces de cépages blancs. Ce n’est qu’à partir des années 70 que fleurissent des plantations distinctes. Aujourd’hui, on en produit guère plus de 6%, « un pourcentage qui fluctue d’autant plus, selon les millésimes, que l’on peut utiliser les blancs dans les rouges notamment pour leur apporter de la fraicheur ou pour utiliser un surplus » reconnaît Michel Blanc, directeur de la fédération des syndicats de producteurs castels-papaux. A partir des années 90, on a constaté plus de demande que d’offre et la production s’est doucement accrue. L’objectif à moyen terme aujourd’hui est d’atteindre les 10% de la production ».

Le trio gagnant : grenache, roussanne et clairette

Entrent dans leur assemblage le grenache blanc, la clairette grise ou rose, la roussanne, le bourboulenc, le picpoul et le picardan. « Sur les sols castelneuvois, on a toujours du calcaire quelque part et c’est le sol idéal pour les cépages blancs » estime le sommelier américano-rhodanien Kelly McAuliffe (photo ci-dessous). Le grenache blanc, mutation du grenache noir, est le cépage le plus couramment utilisé. Peu acide, il apporte la structure et la longueur en bouche aux côtés de la clairette et du bourboulenc, plus floraux, du picpoul plus vif. « Le picardan, droit et pur comme chez Vaudieu, apporte la complexité aromatique, le bourboulenc comme chez Albin Jacumin ou La Millière une fraicheur et un goût de revenez-y, précise Kelly McAuliffe. Mais l’assemblage le plus fréquent associe en général grenache, roussanne et clairette ». Les producteurs de blancs bloquent en général la fermentation malolactique pour garder de l’éclat et de la vivacité dans leurs vins, beaucoup optent pour un élevage en bois.

Bar ou homard

Les châteauneufs blancs se boivent dès leur jeunesse sur des arômes d’agrumes, de fleurs blanches et fruits blancs, souvent brioché et légèrement boisés, mais se découvrent aussi de garde, développant des arômes de cire, de noix et de fruits secs sur de beaux amers. Ils se dégustent sur le homard, les crustacés, les poissons nobles comme le bar, le ris de veau, un poulet aux morilles ou une brouillade aux truffes…

Sur 300 domaines, seuls une soixantaine en produisent, en moyenne à 20-25 hl/ha. Et commercialisés dans la même fourchette de prix que les rouges, entre 18 et 25€ en moyenne. Parmi les plus renommés, ceux qui en produisent le plus et depuis longtemps, Montredon, Nalys, La Nerthe, La Solitude, Fines Roches, Jas de Bressy, La Gardine, Vaudieu, Grand Tinel… D’autres domaines ont replanté plus récemment des cépages blancs comme Saint-Préfert, Tourbillon, Banneret, La Célestière… Ogier vient d’investir également dans une cuverie dédiée à cette couleur pour le Clos de l’Oratoire.