Lundi 29 mai, les vignerons de Fleurie se sont réunis lors du Fleurie Tasting, organisé pour sa seconde édition en partenariat avec l’agence de communication et d’événementiel lyonnaise Clair de Lune.

L’occasion de déguster l’ensemble du millésime 2015, mais également les mises en bouteille de printemps pour le 2016, en déambulant dans le parc de la mairie, passant d’un tonneau à l’autre : les 39 domaines présents se partageaient, par deux, un « tonneau-stand », après un tirage au sort désignant les duos.

Fleurie est, avec Chiroubles, le cru traditionnellement qualifié de « féminin », en raison de son élégance et de sa délicatesse, s’exprimant au travers de tanins souvent délicats et d’arômes… fleuris, où prédominent l’iris, la violette, la rose et la pivoine. Ce n’est évidemment pas un hasard si le nom du cru est en résonance avec ses caractéristiques aromatiques, que l’on doit à ses sols de granit rose, composé également de mica, de quartz et de feldspath. L’appellation s’étend sur une superficie de 870 hectares et pouvant culminer à 430 mètres, ce cru repose donc globalement sur un sol plutôt homogène (à la différence de juliénas par exemple), constitué sans surprise de granit, plus ou moins profonds et plus ou moins altérés, comportant dans les parcelles plus basses une plus importante proportion d’argile. Cette composition géologique permet de ne pas sacrifier la structure à la finesse légendaire de ce cru, et les 13 climats (dont le fameux La Madone, en référence à la chapelle éponyme surplombant le village et le cru) permettent de traduire tout le potentiel de l’appellation.

En parallèle des dégustations, Julien Chazot, officiant au restaurant L’encart dans le deuxième arrondissement de Lyon (et doté d’une carte des vins), régalait les visiteurs et les participants via des ateliers culinaires, permettant à chacun de faire ses propres accords : entre le poisson, les quenelles et la viande, le terrain de jeu était propice à l’expérimentation et à la découverte.
Les pontes de l’appellation (négociants et vignerons) étaient présents : du Domaine de la Madone au Château des Jacques, en passant par Joseph Drouhin, Gilles Paris et la maison Mommessin ; mais aussi la jeune génération comme des vignerons plus récemment installés, comme le Comtesse de Vazeilles au Château des Bachelards, ou Marc Delienne.

Coup de cœur pour ce dernier, notamment pour sa cuvée « Avalanche de printemps », mais aussi « Abbaye Road » (le domaine est situé rue de l’Abbaye), et sa plus légère « Greta Carbo ». Soyons clairs, on peut trouver des choses à redire sur ces vins, il n’empêche qu’ils séduisent. Les fruits rouges explosifs des trois cuvées en font des vins à la structure un peu différente des autres Fleurie, en ce qu’ils sont construits sur une trame plus aérienne, avec une aromatique ciselée autour du fruit avec notamment la groseille et le bourgeon de cassis qui se font plus expressifs, sauf pour Abbaye Road dont l’aromatique fleurie expressive dénote, au bon sens du terme. Transfuge du secteur bancaire, Marc Delienne s’est consacré au vin en privilégiant une viticulture bio et un travail nature au chai.

Autre transfuge d’un monde différent, la Comtesse de Vazeilles, au passé de direction générale dans le domaine des hautes-technologies, installée à Fleuri,e en raison de sa passion pour les terroirs granitiques, depuis 2014, et certifiée en bio et biodynamie, et dont les vignes s’étendent sur 6 hectares d’un seul tenant autour du château (pour l’appellation Fleurie).

Pas de macération carbonique ou semi-carbo aux Bachelards, pour une recherche d’une vraie densité de fruit, d’un touché de bouche velouté et d’une grande longueur, conformément à l’ambition de la Comtesse de réaliser des vins dotés de « l’élégance de la Bourgogne et de la gourmandise de la vallée du Rhône ». La violette, l’iris et le poivre noir prédominent dans ce joli Fleurie.

Très joli coup de cœur également pour Anne-Sophie Dubois et ses trois cuvées présentées : « les Cocottes » en 2016, excellent canon issu de vignes en coteaux et vinifié simplement : 4 mois en fûts après une macération carbonique, et que des levures indigènes à l’œuvre, à partager entre copains à l’apéro, pour un moment de fruits glouglou de belle facture ; « Clepsydre » en 2015 pour un vin plus abouti, élégant, droit, vigoureux avec de beaux arômes floraux vibrants ; et enfin « l’Alchimiste », lui aussi en 2015, toujours sur un principe d’interactions réduites au minimum pendant la vinification avec juste deux ou trois pigeages et un élevage en fût et cuve. Cet alchimiste réalise le tour de magie le plus convoité en 2015, à savoir de conserver une très belle fraîcheur sur ce millésime tout en en ayant adopté la matière, avec une attaque croquante et soyeuse.

Le domaine de la Bouronière présente une jolie cuvée « Tradition », expressive en 2015 et plus croquante en 2014.

Le « Clos de l’Amandier » de Jean-Paul Champagnon en 2014 est séduisant, porté par un nez ultra fleuri et doublé de fruits légèrement compotés, et d’un équilibre tout à fait correct.
Très jolies cuvées également chez Lucien et Yohan Lardy avec « Les Moriers » en 2015, avec une matière sacrément présente et minérale, et « le Vivier » en 2016, très vibrant et un fruit joliment ciselé, sur une finale éclatante.

Le Clos de la Roilette est toujours aussi bien fait et agréable, et le château des Jacques surprend avec un 2013 assez différent du 2014 mais supérieur, au nez plus complexe tout en étant plus délicat et plus floral, porté par une bouche élégante, douce, légère et précise, sublimée par une jolie finale végétale.

Lionel Despres séduit avec sa cuvée Madone tout en gourmandise, avec un fruit croquant et une impression de sucrosité typique de 2015. Si cette cuvée gagnera à vieillir un peu pour intégrer plus harmonieusement le bois, elle devrait être très agréable le moment venu.

Vivement la troisième édition l’année prochaine, non seulement pour pouvoir apprécier l’ensemble du millésime 2016 et les petits nouveaux de 2017, mais également pour terminer le tour de piste des vignerons présents.