Philippe Raoux inaugurera le 12 septembre prochain, au château d’Arsac, dans le Médoc, une fresque monumentale qui reproduira un dessin de l’artiste belge Folon.

Philippe Raoux ? Voilà une figure de l’appellation Haut-Médoc et de Margaux : notamment pour la Winery, complexe œnotouristique qu’il a créé en 2007 ; mais aussi pour son amour de l’art contemporain et l’encouragement aux artistes qu’il affectionne. Lorsqu’il acquiert, en 1986, le château d’Arsac, celui-ci est dans un piteux état. Seuls 3 hectares de vigne sont en production (aujourd’hui une centaine). Le chai est à moderniser et le château à rénover. Un challenge difficile au point qu’il faudra huit années au château pour devenir rentable. Pour autant, ces années difficiles n’empêchent pas notre homme de se préoccuper du concept traditionnel de château viticole et de son image, une image à construire, qui permettra de le rendre visible commercialement. « Si le modèle château bordelais a été une réussite et a fonctionné pendant plusieurs siècles, il faut le faire évoluer » affirme Philippe Raoux: « Ce n’est pas possible d’avoir un marché qui bouge à chaque instant et de rester figé dans le temps ».

Comment ? Le déclic viendra de la fondation Peter Stuyvesant. En 1989, celle-ci s’adresse à Philippe Raoux, car elle cherche un lieu d’exposition en lien avec le monde du travail : les chais se prêtent bien à cela. L’exposition se fait, l’enthousiasme est là, le personnel adhère, mais « lorsque la fondation Stuyvesant a repris les œuvres, on s’est senti dépossédés ». Le manque est là et l’idée de connecter l’art au château naît. Il faudra attendre cinq ans pour la mettre en pratique. « En 1994, on est sorti du rouge et on a décidé d’acheter une œuvre d’art chaque année. Nous avions 600 000 pieds de vigne et j’ai décidé de consacrer 1 franc par pied à une œuvre d’art. Aujourd’hui, cela fait environ 100 000 € par an. » Philippe Raoux se plaît à dire que « chaque œuvre achetée est le prolongement de l’architecture du château et participe à la mise à jour du logiciel château. »

Une fresque de 9 mètres sur 4

Et Folon dans tout cela ? « Folon fait partie de ma vie. Dans les années 70, ma maman a acheté deux lithographies de Folon. » L’artiste est alors en pleine gloire, et est connu notamment grâce au générique d’ouverture et de fermeture d’Antenne 2 que certains auront vu de 1975 à 1983. Mais l’artiste belge n’est pas que cela : ce sont des illustrations qu’il a faites pour les timbres postes, des affiches, d’innombrables dessins, des fresques et beaucoup de sculptures.

Une sculpture, justement, sera commandée par Philippe Raoux et sera posée en 2002 au bord du plan d’eau du château d’Arsac. Ce sera la « fontaine aux oiseaux ». Lors de l’inauguration, Folon fera, sur le livre d’or, un dessin. C’est ce dessin qui fait désormais l’objet d’une reproduction sous la forme d’une fresque monumentale de 9 mètres sur 4 qui viendra habiller un mur du chai à barriques. Folon ne la verra pas : il est décédé en 2005. Il a donc fallu, pour utiliser ce dessin et le reproduire, demander l’autorisation à la présidente de la Fondation Folon, Mme Angelroth qui a donné son accord. Cette fresque sera réalisée par une spécialiste, Tiziana Mazzoni, « conservateur-restaurateur d’œuvres d’art ». Outre sa carrière internationale, elle collabore régulièrement avec le CAPC (musée d’art contemporain de Bordeaux), le musée des beaux-arts et le FRAC (Fonds régional d’art contemporain d’Aquitaine) et est intervenue, à Bordeaux, à l’église Saint Bruno pour des peintures murales et qui a accompli une restauration sur les sculptures, les enduits et la décoration d’architecture du portail de l’église Saint Seurin.

Reproduire le dessin de Folon n’est pas, contre toute apparence, une affaire simple : « Ce travail de reproduction est d’une technicité rare. Il demande simultanément des compétences d’historienne, de scientifique et bien sûr artistiques » écrit Philippe Raoux sur la page Facebook qui revit à l’occasion de cet événement. Le dessin de Folon représente un verre duquel s’envolent 12 oiseaux vers l’infini : « c’est le symbole du vin qui ne nous appartient plus et qui va vers le consommateur » se plaît à rêver Philippe Raoux.

Celui-ci a une sensibilité particulière pour Folon dont il comprend sans doute mieux que quiconque le sens de l’œuvre. Lorsqu’en 2002, il demande à l’artiste « pourquoi ses personnages avaient des traits aussi simples », celui-ci lui répond qu’il veut que ses dessins soient compris par son fils autiste. Il n’en faut pas plus à Philippe Raoux dont « la vie familiale a été rythmée par un frère trisomique » pour entrer en résonance avec Folon.

Au château d’Arsac, Philippe Raoux raconte chaque œuvre avec précision et l’illustre d’anecdotes avec une sensibilité évidente, plus forte qu’une quelconque considération commerciale. Il évoque par ailleurs son retrait des activités pour 2023 : « Durant les 37 années que j’aurai passées au château, j’aurai participé à sa vie, à sa renaissance. » Le challenge d’une image à construire se double maintenant, plus ou moins consciemment, de la trace laissée. Il faut dire que le château d’Arsac, par la quantité d’œuvres qui l’animent est devenu un musée vivant, désormais renforcé par la poésie du dessin de Folon, hymne à la vie éternelle.