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Naissance d’un nouveau « millésime du siècle » ? Alors que certains annoncent déjà une année 2015 d’une qualité exceptionnelle, aux quatre coins du vignoble français, l’effervescence monte à l’heure des vendanges. Tour d’horizon.

Provence
« L’état sanitaire du vignoble est impeccable, grâce à un temps sec, à la chaleur et au Mistral », a souligné Alain Baccino, le président du Comité interprofessionnel des vins de Provence (CIVP). « La qualité du raisin récolté est très belle. Il y a aussi un bel équilibre et une belle matière dans les premiers jus extraits », avec, semble-t-il, « un potentiel intéressant pour les rouges ». Dans le sud-est de la France, la chaleur n’a eu que peu d’impact sur la vigne, les sols contenant encore en majorité des réserves en eau grâce à l’hiver pluvieux et à quelques précipitations en août. En volume, « nous n’atteindrons pas ceux récoltés en 2014, année particulièrement généreuse », prévient toutefois Alain Baccino. Sur les 26.000 hectares de vignes classées en AOC, plus de 160 millions de bouteilles seront commercialisées, du rosé principalement, la Provence étant la première région productrice de vin rosé AOC.

Bordeaux
« Les raisins 2015, blanc et rouge, laissent à penser que nous allons être en mesure cette année de travailler avec des fruits de très grande qualité », a souligné Stephen Carrier, du château Fieuzal, en appellation Pessac-Léognan. Dans le Bordelais, le cycle végétatif s’est déroulé pour le mieux du débourrement, mi-avril, à la fleur, fin mai, où « les conditions ont été idéales dans la mesure où les ceps ont pu évoluer sans contrainte avec des précipitations mesurées ». Un mois de juillet sec où l’implantation du système racinaire en profondeur a permis de supporter quelques épisodes caniculaires et un mois d’août humide « juste ce qu’il faut pour affiner la maturité », laissent penser que « tout est en place pour du très bon », estime Stephen Carrier. « La saison s’est bien passé, particulièrement juin-juillet, nous avons eu une très belle climatologie, même si nous avons perdu en août un peu de l’avance que nous pensions avoir », a confirmé Philibert Perrin, propriétaire du Château Carbonnieux, cru classé de Pessac-Léognan. « Vendanger si tôt cela fait longtemps qu’on ne l’a pas vu, sauf sur les millésimes chauds, 2009, 2010, 2005, donc des grandes années. Il y a de très bon équilibres sucre, acidité, des raisins sains et des volumes supérieurs aux deux millésimes précédents. On est dans le modèle d’un grand millésime », a-t-il estimé.

Vallée du Rhône
Les toutes premières vendanges ont commencé fin août dans les secteurs précoces du vignoble, selon Inter-Rhône, l’interprofession des vins de la vallée du Rhône. Les vendanges sont réalisées avec une à deux semaines d’avance selon les terroirs par rapport à 2014 et dans « des conditions optimales », relève InterRhône. Avec un hiver et un printemps pluvieux, puis des averses en juin, la vigne a bien supporté les fortes chaleurs et la sécheresse de l’été grâce aux réserves hydriques. Après une floraison satisfaisante, les pluies du mois d’août ont favorisé la maturation dans les terroirs les plus secs. Les prélèvements de maturité révèlent « des teneurs élevées en composés phénoliques et anthocyanes » (ndlr: pigments des grains de raisin qui donnent leur couleur aux rouges et rosés). « La véraison est bien avancée et s’est déroulée rapidement avec une bonne homogénéité sur le grenache et la syrah », a noté l’interprofession. L’état sanitaire du vignoble est « excellent », selon Inter-Rhône, qui s’attend à un millésime « particulièrement concentré et des vins rouges exceptionnels ».

Jura
Dans le petit vignoble du Jura, « il y a une belle qualité de raisins, sans pourriture. On devrait avoir un beau millésime avec une année standard en volume, environ 90.000 hectolitres », a indiqué le président de la Société de viticulture du Jura, Franck Vichet. « Les chardonnays ont bien résisté à la chaleur, alors que les savagnins ont souffert », souligne-t-il néanmoins. Pour le vin jaune, nectar emblématique du vignoble du Jura issu du savagnin, « la qualité est belle, on devrait avoir un très beau millésime mais le rendement risque d’être moins important ».

Alsace
« Nous nous attendons à une bonne qualité » même « s’il est encore tôt » car « il faut au moins attendre d’avoir les premiers jus », a estimé Frédéric Bach, directeur de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA) qui représente quelque 4.000 viticulteurs alsaciens. Gewurztraminer, riesling, sylvaner et les pinots ne seront récoltés que lors des premières semaines de septembre. Cependant, si la qualité est au rendez-vous, 2015 devrait offrir un rendement « faible », d’un million d’hectolitres pour l’ensemble de la région, contre 1, 150 million habituellement. « L’été a été particulièrement sec — avec deux mois de sécheresse entre la mi-juin et la mi-août — qui a entraîné une floraison difficile », a expliqué Frédéric Bach. Cette baisse des rendements d’environ 15% va obliger les viticulteurs alsaciens à recourir pour la troisième année consécutive aux stocks, créant une situation tendue chez les professionnels. Le coup d’envoi a été donné le 2 septembre pour les crémants et le 7 septembre pour les vins tranquilles.

Bourgogne
« C’est une année qui s’annonce super. On a eu des conditions climatiques idéales avec du chaud en juillet puis quelques pluies qui ont permis de relancer le processus de maturité. Et pas de grêle contrairement à l’an dernier » (NDLR : cela concerne la Côte de Nuits et la Côte de Beaune, le vignoble chablisien ayant été durement frappé par la grêle il y a quelques jours), a indiqué Jean-Philippe Gervais, directeur du pôle technique et qualité du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB). « On a attaqué les blancs, le vignoble et les raisins sont très beaux. En plus on a de très bonnes conditions de récolte avec des nuits et des matins frais ». Concernant les rouges, « c’est prometteur également mais il va falloir attendre le début des vendanges autour du 6/8 septembre ».

Champagne
Seule appellation à cueillir le raisin entièrement à la main, la Champagne attend près de 120.000 saisonniers (soit 40% de l’ensemble des saisonniers recrutés par tous les vignobles de France) qui vont éprouver muscles et vertèbres pendant les trois premières semaines de septembre pour des vendanges qui s’annoncent très prometteuses en qualité. S’il arrive souvent que les saisonniers reviennent d’une année sur l’autre chez le même employeur, de nombreux postes de cueilleurs, porteurs, pressureurs ou même cuisiniers payés à l’heure ou à la tâche sont encore à pourvoir auprès des antennes de Pole-emploi en Champagne, notamment dans la gare d’Epernay (Marne) où l’agence a délocalisé ses services pour l’occasion.

Beaujolais
A été exceptionnel, vignes en excellente condition : les vendanges ont commencé lundi 24 août sur les appellations Beaujolais et Beaujolais villages, soit trois semaines plus tôt que l’an dernier. Après consultation des organismes professionnels et de l’Inter Beaujolais, le ban des vendanges (l’autorisation administrative de commencer la récolte du raisin) a été fixé cette année au 24 août. L’an dernier les vendanges n’avaient pu démarrer avant le 10 septembre. « On est très optimistes : l’état sanitaire est exceptionnel, il n’y a pas eu une maladie! Mais le ban des vendanges, ce n’est pas l’ouverture de la chasse : on a des parcelles plus en altitude ou pas encore mûres, cela va s’échelonner sur une bonne dizaine de jours. Avec un millésime qui s’annonce exceptionnel, ce serait dommage de le gâcher en se précipitant », a relevé Florence Hertaut, conseillère en viticulture-oenologie à la Chambre d’Agriculture du Rhône. Les vignes du Beaujolais sont réparties sur 16.000 hectares, entre Lyon et Mâcon.

Languedoc-Roussillon
Les premières vendanges de France ont eu lieu vendredi 7 août à Rivesaltes, dans l’Aude, comme chaque année début août, malgré la sécheresse, sur le domaine de Rombeau, a déclaré le viticulteur propriétaire des lieux. « Nos vignes sont habituées à la sécheresse », a précisé à l’AFP Pierre-Henri de La Fabrègue, qui produit notamment du Muscat de Rivesaltes, un vin doux, et d’autres vins. Malgré la chaleur et la sécheresse qui marquent cet été, « c’est pareil que les autres années », les vendanges n’ont pas été particulièrement précoces, a-t-il dit. Les vendanges ont généralement lieu à Rivesaltes entre les 5 et 10 août, mais il est arrivé que les grappes soient cueillies un 2 août, il y a une dizaine d’années, a rappelé M. de La Fabrègue. « Ce sera une bonne année car il n’y a pas de maladie », s’est-il félicité, indiquant que quelque quatre tonnes de raison avaient été récoltées sur près d’un hectare. « Ce sont bien les premières de France, c’est toujours comme ça », a confirmé Jérôme Despey, président du conseil spécialisé des vins de FranceAgriMer, établissement public qui gère notamment l’ensemble de la filière viticole en France.

— Auteur

La rédaction
La rédaction

Commentaires (1)

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  • Paul
    • 04 septembre 2015
    • 13H55

    Que le millésime était tout fait pour être annoncé comme "exceptionnel" n'a rien d'étonnant, vu la chaleur et des éléments généralement reconnus comme positifs. Dommage que la grêle semble avoir sévi dans le Chablis. Mais, éléments bien moins répandus dans la presse, la sêcheresse et la chaleur, peuvent fortement influer sur la dégustation des vins. Beaucoup dépendra de la capacité du vignerons de s'adapter à des moux atipiques, sinon quelque peu plus riches en sucre et moins en acides, et avec des forte proportions d'éléments ayant une influence sur le vin en résultant. Je me rappelle de pas mal de vins de 2003 trop durs, âpres et en manque d'équilibre. J'ai fort bien aimé les commentaires des représentants du Languedoc-Roussillon, conscients de leur particularité de région "sèche et chaude".

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