Dom Ruinart 1959, le premier champagne élaboré dans cette cuvée de prestige, manquait à l’œnothèque de la maison Ruinart. Il a été retrouvé dans des conditions rocambolesques.

Chapitre 1 : Matthew Kaner, l’amoureux des vieux vins.

Wingen-sur-Moder, Alsace, octobre 2016. Au restaurant René Lalique, Frédéric Panaiotis, chef de caves de Ruinart, anime la dégustation d’un « Ruinart Event ». La salle de dégustation de ce deux étoiles Michelin est pleine de grands amateurs, des amoureux de cette maison de champagne, et comme toujours Frédéric Panaiotis leur parle des deux vins manquant dans l’œnothèque : Dom Ruinart 1959, le premier-né de cette cuvée de prestige, et Dom Ruinart rosé 1966. C’est une bouteille lancée à la mer…

A ce moment là, alors qu’il remonte à table, un message arrive sur son téléphone, qui le laisse sans voix. Une bouteille de Dom Ruinart 1959 semble avoir été trouvée, et les photos attachées montrent un flacon à la qualité de conservation remarquable. Le message ne vient pas d’Alsace, mais de Los Angeles. A ce moment précis débute une véritable chasse au trésor, qui restera gravée à jamais dans la mémoire du chef de caves.

Une course au trésor

Il convient de ne pas s’emballer : des messages de flacons retrouvés, Frédéric Panaiotis en a reçu plus d’un, s’achevant souvent par des faux ou des flacons en piètre état. Mais le niveau de la bouteille, l’étiquette, la contre-étiquette de l’importateur : tout semble parfait. Et ce flacon se trouve à Los Angeles, un bon point.

Car en effet, le premier millésime de Dom Ruinart, 1959, a été entièrement commercialisé aux Etats-Unis au travers de l’importateur Schieffelin & Co, à New York, comme l’atteste une publicité retrouvée par le service Archives et Patrimoine de Ruinart. Bingo ! C’est le nom qui figure justement sur la contre-étiquette d’importation des photos du flacon. L’excitation monte. Le processus d’expertise se poursuit pour établir l’authenticité du flacon.

L’homme, à l’autre bout du mail, s’appelle Matthew Kaner. Il possède 5 restaurants et bars à vins à Los Angeles dont l’un d’entre eux, Augustin Wine Bar, propose uniquement des vins âgés d’au moins 10 ans. Ce passionné qui lit de nombreux articles sur la question, apprend que Ruinart cherche le 1959. Or cette bouteille justement, il en a un exemplaire en cave, acquise dans des conditions dignes d’un film.

Dans une lettre publicitaire, Bertrand Mure, directeur général de l’époque de Ruinart, indique que les rares 1300 caisses élaborées cette année là sont toutes commercialisées aux Etats-Unis.