De gauche à droite (crédit Mélina Condy) : Xavier de Boissieu,  Jean-Guillaume Bret,  Romain Cornin,  Fabien Chasselay,  Loïc Bulliat,  Kerrie de Boissieu,  Paul-Henri Thillardon,  Raphaël Saint-Cyr,  Louis-Clément-David Beaupère.
De gauche à droite (crédit Mélina Condy) : Xavier de Boissieu, Jean-Guillaume Bret, Romain Cornin, Fabien Chasselay, Loïc Bulliat, Kerrie de Boissieu, Paul-Henri Thillardon, Raphaël Saint-Cyr, Louis-Clément-David Beaupère.

« l love Beaujolais » sur un t-shirt, grand sourire et verre à la main, une poignée de jeunes vignerons enthousiastes du Beaujolais présentaient différents millésimes hier soir en marge du salon Millésime Bio. Bien loin de l’image du Beaujolais « nouveau et populo », les bouteilles se sont enchaînées sans se ressembler, livrant des gamays chouchoutés et des chardonnays précis. Attention, la révolution des jeunes du « Beaujo » est en route, ne manquez pas le train.

Jeune génération aux couleurs beaujolaises

« Raisin Libre », expression de cerise juteuse et croquante pour ce gamay de macération carbonique, est une belle introduction au propos. Paul-Henri Thillardon, carrure rugbyman et sourire permanent, en est le créateur. Ce vigneron « originaire du sud-Beaujolais » est installé à Chénas, cru nordiste du Beaujolais avec son frère Charles, depuis 2008. Il a fait le choix du bio et fait bon. « Je commence par faire goûter aux gens ce Raisin Libre (10 €) en leur disant : commencez par boire du Beaujolais, ensuite on verra pour la découverte des crus. Parce que moi je ne suis pas bourguignon, je suis bien du Beaujolais », explique-t-il. Les terroirs de Chénas s’enchaînent ensuite dans le verre, révélant leurs sols et leur identité les uns après les autres : Vibrations 2014 (18 €), avec son jus dense, mûr et « vibrant » est issu de gamays d’une parcelle pentue de granits roses et travaillée au cheval. Alors que les Blémonts 2014 (19 €), généreux et ouvert, exhale davantage de cassis, d’épices et de poivre rose, gelée de cerise noire, une expression douce et intense du gamay à boire maintenant ou à attendre quelques années en cave. Déjà trois expressions du Beaujolais qui n’ont en commun que leur nom d’origine.

Le choix du bio

Loin du snobisme un peu trop longtemps affiché pour cette appellation, les nouveaux arrivants (ils sont bien plus nombreux dans le vignoble qu’ils ne le sont sur la photo) affichent la volonté de montrer que qualité, convivialité, buvabilité et travail naturel sont des mots qui vont très bien ensemble. « J’ai repris les vignes familiales en 2008 et décidé de tout passer en bio. Mon père était pour, il n’imaginait juste pas faire ça tout seul alors qu’il finissait sa carrière », explique Raphaël Saint-Cyr, vigneron de Régnié, cru central de l’appellation.
Dans un vignoble en crise, des prix à l’hectare accessibles, et une tradition de vinification en grappes entières, nombreux ont été les néo-vignerons à vouloir s’installer en terres de gamay et à faire le choix du bio, même s’ils sont encore loin de représenter la majorité. « Quelques pourcents du Beaujolais seulement sont bios, c’est pas simple chez nous dans notre « vignoble de montagne ». On plaisante avec ça, mais c’est vrai, les pentes sont très fortes à certains endroits , cela peut être difficile à convertir en bio », explique Fabien Chasselay (domaine JG Chasselay) vigneron dans le Beaujolais des Pierres Dorées, à Châtillon d’Azergues. Ce que confirme également Loïc Bulliat, jeune vigneron de Morgon (entre autres) : « Je n’ai pas pu tout passer en bio pour le moment, il faut d’abord restructurer le vignoble en profondeur pour que ce soit possible et j’espère que ça ne me prendra pas toute la vie », plaisante-t-il. Il présentait notamment son Morgon 2014 sur son stand de Millésime Bio : un gamay solaire et épicé, offrant une longueur minérale impressionnante (14, 50 €).

Le gamay sous toutes ses formes

« Nous avons eu de la chance d’avoir eu des pionniers d’un autre Beaujolais, c’est important de le dire. La génération des Marcel Lapierre ou Jean Foillard nous a ouvert la voie, ce sont des anges gardiens. Pendant les vendanges par exemple, j’appelle très souvent Jean-Louis Dutraive (vigneron de Feurie et Brouilly, Domaine de la Grand’Cour, ndlr), il m’apporte et me conseille beaucoup. Et ils nous permettent de faire un commerce décomplexé auprès de nos clients » salue Paul-Henri Thillardon, le vigneron de Chénas.
Et le vigneron dit vrai : le Beaujolais coule à flots depuis de nombreuses années sur toutes les tables bistronomiques de Paris ou ailleurs, devenu symbole à la fois d’un vin facile, « un canon à boire », une gourmandise « qui ne se prend pas la tête », selon les mots des vignerons représentants, mais pas que. De plus en plus de restaurants étoilés mettent également des vieux millésimes de Beaujolais à leur carte. Pour une expression épicée, réglissée, pivoine, rose fanée des vieux gamays sur sable, schistes, granites, calcaires, argiles… Autant de gamays que de sols dans cette appellation, ce que ces jeunes vignerons souhaitent mettre en valeur : une diversité et une richesse qu’on peut défendre ensemble. Même « s’il y a encore du boulot », peut-on entendre de façon récurrente auprès des vignerons présents, mais avec espoir. « Je suis confiant dans l’avenir du Beaujolais, je sais que nous sommes dans la bonne direction et que nous avons fait les bons choix », sourit Raphaël Saint-Cyr, porteur de ses couleurs.

« Il y a un Beaujolais à deux vitesses, on a du mal à se comprendre avec les coopérateurs, et ce sont eux qui tiennent les postes syndicaux aujourd’hui, cela ne nous aide pas à positionner nos prix, mais tant pis, nous faisons ce que nous pensons être bien », ajoute Paul-Henri Thillardon. Ou encore : « On n’a pas su dissocier le Beaujolais des villages des crus, on en paie les conséquences aujourd’hui », explique Loïc Bulliat, jeune vigneron de Morgon et président de ce cru. D’où un choix de se regrouper, peu importe le cru ou la commune d’origine, pour communiquer et présenter ses vins. Pour le bonheur de nos palais.