Lionel Carreau et sa fille Oriane contrôlant la taille de la parcelle Les Boudonnot. Sur le berceau de leur petite-fille et fille Nora arrivée en juin, la nouvelle cuvée Blanc de noirs, issue de ces vignes cinquantenaires.
Lionel Carreau et sa fille Oriane contrôlant la taille de la parcelle Les Boudonnot. Sur le berceau de leur petite-fille et fille Nora arrivée en juin, la nouvelle cuvée Blanc de noirs, issue de ces vignes cinquantenaires.

Dans le village-pépite de Celles-sur-Ource (Aube), au Champagne Lionel Carreau, 2017 marque de grands changements. L’avenir se conjuguera désormais – aussi – au féminin, avec des cuvées d’auteur qui font parler les plus belles parcelles. Un domaine à suivre.

Lionel Carreau est plutôt un taiseux, plus à l’aise dans ses vignes (dont il connaît chaque pied) que derrière un stand de dégustation. Mais pour avancer le dossier de la viticulture durable, ou sur la protection du vignoble contre le gel (déjà tout un coteau géré avec les autres vignerons du village, bel exemple de travail en commun), on peut compter sur lui. En vinification aussi. Sans tambour ni trompettes, l’exploitation située à Celles s/Ource (Aube) est en train de mener un à un les investissements pour vinifier au top.

La vigne, chez les Carreau, ce n’est pas nouveau. Dès 1543, on retrouve les traces d’un ancêtre vigneron à l’abbaye de Mores voisine. Puis, de génération en génération (et peut-être parce qu’à l’époque, on rémunérait aussi les travailleurs en terres viticoles), la famille est devenue propriétaire de 6 ha tout autour du village, dont de magnifiques parcelles aux noms chantants : Parmailles, Bondonnots, Dalivard, Val de Veine…

Ce n’est qu’avec l’installation de Lionel (1991) qu’a commencé la vinification. Tout en continuant à s’appuyer sur la sérieuse maison Devaux dont Lionel est un partenaire convaincu (livraison de raisins, moyens techniques), le rêve de la famille est aussi de faire parler ses parcelles les plus exceptionnelles et d’élargir la gamme grâce à la diversité des cépages de l’exploitation : pinots noirs certes, mais aussi chardonnays plantés dans les années 90, pinots meuniers et même quelques vieux pinots blancs conservés depuis 3 générations.

Chez les Carreau, les nouvelles générations se conjuguent au féminin. Oriane, diplômée d’une licence internationale de commerce, rejoint actuellement son père comme co-exploitante après 2 ans de formation viticole. Elle a l’énergie et les connaissances pour faire rayonner la marque Champagne Lionel Carreau et développer les ventes (20 000 bouteilles à ce jour). Son jugement est sûr et la connivence avec son père saute aux yeux. « Sans toucher à notre gamme traditionnelle qui est fondamentale, nous souhaitons ajouter quelques champagnes originaux reflétant des pépites du domaine », explique-t’elle.

En 2014, la magnifique parcelle Les Boudonnots (vieux pinots noirs sur sol argilo-calcaire) a été vinifiée à part. La voici qui arrive pour la première fois en marché au travers de cette bouteille blanc de noirs. C’est un champagne tout en retenue et en profondeur, qui à l’aération se dévoile par vagues successives : confiserie verte (angélique), poire juste mûre, notes minérales de pierre volcanique, pain au lait, notes de son et d’orge. La bouche surtout présente une grande structure et charpente, dont l’ossature est renforcée par le faible dosage. Les arômes sont encore très jeunes (zeste de pomelo chinois) mais évolueront en vieillissant, car le potentiel de garde est là. Sur une chair fibreuse et droite et des saveurs zestées : coquilles saint-jacques snackées, risotto aux zestes de citron.

Cette très belle bouteille (25 €) est la première d’une série de quelques autres champagnes d’auteur encore en élevage. Pépites à suivre.