Alors que Vinexpo ouvrait ses portes ce matin pour quatre jours de rendez-vous professionnels au Parc des Expositions de Bordeaux, 55 « faiseurs de vins » français et européens ont crié « Haut les Vins », toute la journée au Château Grattequina à Blanquefort, en fêtant les dix ans du groupement. Retour sur une aventure vigneronne collective, en mouvement, et en perpétuelle remise en question.

Biodynamiste, nature, bio ou traditionnel, au sein du groupement « Haut Les Vins », surtout, venez comme vous êtes, pourvu que vous soyez sensibles à faire des « vins de terroir ».

Depuis dix ans, à l’initiative d’Eric et Laurence Texier, du domaine de Pergaud (Rhône), une cinquantaine de vignerons de France, d’Espagne, d’Autriche ou d’Italie, se retrouvent deux fois par an, pour faire déguster leurs vins aux professionnels, mettre en commun leur fichier client, et déguster leur travail respectif.

Des noms comme François et Manuela Chidaine (Vouvray), Patrick Baudouin (Savennières), Michel Théron du Clos du Jaugueyron (Margaux) ou encore Marc Penavayre du Château de Plaisance (Fronton) côtoient des vignerons plus jeunes comme Julien Illbert (Cahors), Benoît et Mélanie Tarlant (Champagne), ou encore Mathieu Mélinand du domaine des Marrans (Beaujolais), Fanny Fougerat (Cognac), etc. Une liste de vignerons qui évolue à chaque fois que « Haut les Vins » organise un évènement, et qui mélange âge, labels, appellations.

L’aventure collective est née dans un bus des années 1980, au fin fond des États-Unis. Eric Texier, à l’origine du groupement, se souvient : « L’idée m’est venue à l’occasion de tournées avec Joe Dressner, un importateur américain qui aimait encore plus les personnalités des vignerons que les vins qu’il vendait. Pour lui, déguster à l’aveugle par exemple, c’était anéantir ceux qui font le vin, le caractère de celui qui est derrière la bouteille. Alors qu’on partait en bus dans des endroits improbables des États-Unis pour faire goûter nos vins, on causait entre vignerons, français, italiens, de nos problèmes. Pas d’étiquette, pas de famille, juste se parler de ce qu’on faisait, des difficultés rencontrées, goûter le travail des uns des autres, c’est ça que je voulais retrouver avec un collectif » Identifié successivement comme vigneron « nature » ou « biodynamiste » en France, Eric Texier finit par se sentir enfermé dans des cases trop étroites, et refusant toute forme de « catégorisations ».

En 2007, avec Laurence son épouse, ils décident de créer « Haut Les Vins », des dégustations professionnelles de « faiseurs de vin », peu importe leur choix d’agriculture ou de vinification. « Aucun cahier des charges pour faire partie du groupe, au contraire. En revanche, il faut qu’un nouveau membre soit prêt à accepter la critique sur ses vins, car nous sommes polémiques entre nous et c’est quelque chose de fondamental ». Tous sont vignerons artisans, « qui défendent leur terroir avec passion et une viticulture fondée sur des sols vivants, des raisins sains, et des vins issus d’un authentique savoir-faire… qu’importe le label ! ».

Un système, comme dans beaucoup d’autres mouvements collectifs terriens, où la cooptation est la règle d’entrée. « Aujourd’hui, nous avons des jeunes basques (Domaine Bordatto, NDLR) qui font du cidre et du vin, c’est la bande des vignerons du sud-ouest qui leur a conseillés de venir. Ce qu’ils font est hors-norme, différent, c’est super. Partout aujourd’hui, on voit les jeunes qui prennent la relève, et qui sont prêts à la remise en question dans ce qu’ils font » ajoute Eric Texier.

Pour résumer la démarche de ces vignerons ? Une citation de Jules Chauvet, dont les vins naturels se défendent, parfois en se divisant : « Chaque vigneron devrait accepter ses vins tels qu’ils sont en réalité et non tels qu’il se les imagine ». Avis aux amateurs.