C’est un animal à part parmi les Premiers Grands Crus Classés de Saint-Émilion : par son terroir, par son histoire et par son style, Château Figeac affirme sa distinction et confirme son récent renouveau. Confirmation avec ces primeurs 2014.

Au terme désormais galvaudé de « belle endormie », Frédéric Faye préfère parler de « Rolls-Royce qui serait restée sous la bâche » ou, pour paraphraser l’œnologue Michel Rolland, de « Formule 1 qui n’aurait besoin que de quelques réglages pour gagner les fractions de seconde qui lui manquent ». Directeur général de Château Figeac depuis 2013 mais immergé depuis treize ans dans les vignes de ce Premier Grand Cru Classé de Saint-Émilion, Frédéric Faye sait mieux qui quiconque la marge de progression dont dispose la propriété de la famille Manoncourt. Non que les vins n’étaient pas bons jusqu’à présent – bien sûr, ils l’étaient. Mais il manquait sans doute la touche de précision, au vignoble comme au chai, capable de leur permettre de se hisser à la hauteur de l’immense réputation de Figeac. Un nom résolument à part à Saint-Émilion : « un terroir unique composé de trois coupes de graves pures, avec une présence des trois grands cépages bordelais à égalité (merlot, cabernet franc, cabernet sauvignon) et une météo de Pomerol », souligne Frédéric Faye.

Restait à magnifier ces caractéristiques pour replacer Figeac au premier rang des « stars » de Saint-Émilion. C’est l’objectif du travail accompli par Frédéric Faye et la famille Manoncourt depuis quelques années – lequel se concrétise par une restructuration du vignoble et une amélioration de l’outil technique, qui devrait se traduire d’ici 2018 par la naissance d’un nouveau cuvier. Ici, on ne veut pas aller plus vite que la musique. Les décisions sont mûrement pesées et s’inscrivent dans la durée : « il faut rappeler que Figeac est une propriété familiale et que tous les investissements doivent être mesurés et pensés sur de longues périodes. C’est pourquoi nous prenons notre temps pour développer tous les outils afin de faire le meilleur vin possible ».

Une quête de cohésion

L’arrivée de Michel Rolland en 2012, en qualité de consultant auprès de Frédéric Faye, a permis aux vins de Figeac de regagner en lustre. A commencer par le second vin, Petit Figeac (anciennement « La Grange Neuve de Figeac »), qui est désormais conçu de A à Z comme « une porte d’entrée vers l’identité, le style de Figeac, de façon abordable pour les papilles et le portefeuille », explique Frédéric Faye. « Nous voulons qu’il y ait une vraie cohésion entre le premier et le second vin pour que chacun exprime à sa manière la personnalité du millésime. Depuis deux ans, nous faisons de gros efforts sur l’assemblage, dégustation après dégustation, pour « imaginer » le premier et le second vin ».

Qu’en est-il de ce millésime 2014 ?
« L’enjeu était de capter la matière, de réussir l’expression du fruité tout en ayant des tanins souples. C’était un millésime très technique, en réalité. Après une bonne floraison, les mois de juillet-août froids et peu ensoleillés ont fait prendre du retard à la vigne, en particulier sur les merlots. Je n’ai jamais vu une véraison aussi lente sur ce cépage. Il a donc fallu se montrer très sélectif par la suite. Ce n’était pas le cas sur les cabernets, qui ont évolué de façon homogène. Puis le beau mois de septembre est arrivé. Nous avons vendangé du 29 septembre au 12 octobre, avec de belles concentrations mais des rendements limités, de l’ordre de 33 hl/ha. Il ne fallait pas trop extraire, mais chercher l’harmonie, l’élégance, le fruit ».

« A vos caves ! »

Dont acte. A la dégustation, ce Figeac 2014 se distingue par son caractère déjà élancé, sa pureté. Rien de « show off », c’est un coureur de fond à l’aise sur ses appuis. Petit Figeac (50% merlot, 6% cabernet franc, 44% cabernet sauvignon, élevage 14 mois, 30% bois neuf) déploie un fruit gourmand et acidulé, avec une finale très fraîche. Son grand frère Château Figeac (40% merlot, 28% cabernet franc, 32% cabernet sauvignon, élevage 18 mois, 100% bois neuf) se révèle racé, tendu, alliant longueur et ampleur, sur de belles notes de cassis. « Il va être passionnant à déguster tout au long de son élevage », sourit Frédéric Faye. « A la mise, ce sera une petite bombe ». Et le directeur général de prévenir les futurs acheteurs : « à vos caves ! Ce millésime sera meilleur que 12 et 13, et même si l’on n’exclut pas d’augmenter les prix, il doit être un millésime ultra-marchand. Il faudra avoir du 2014 dans sa cave ! »

Pour ce qui est des prix dans reste du vignoble bordelais, Frédéric Faye estime qu’il n’y aura pas de tendance de fond, mais que chaque propriété devra cultiver « sa logique de marque ». C’est le cas de Figeac, qui tient à chouchouter sa clientèle fidèle (très européenne), tout en assumant sa singularité. Le fait que les vins ne soient dégustés qu’à la propriété en est l’illustration : « en aucun cas nous ne voulons nous désolidariser des autres grands crus, mais c’est avant tout une façon de garder la main sur la qualité de nos échantillons, qui sont parfois chahutés pendant la semaine des primeurs. C’est aussi la meilleure façon d’expliquer nos vins, qui peuvent parfois dérouter les dégustateurs lorsqu’ils se retrouvent au milieu d’autres saint-émilions à dominante de merlot. Enfin, c’est une façon pour nous d’affirmer notre nouveau destin ». La Formule 1 a vraiment décidé de faire gronder le moteur.

Mathieu Doumenge