Cent-vingt-cinq ans après sa création, la maison Édouard Delaunay qui était tombée dans l’oubli va renaître de ses cendres grâce à l’arrière-petit-fils du fondateur, Laurent Delaunay.

Les grandes maisons sont comme les grandes familles. Elles ont leurs heures de gloire et leurs désillusions. Créée en 1893 par le fondateur éponyme, la maison Édouard Delaunay s’est largement développée au cours du XXème siècle jusqu’à devenir l’une des références de la région. La meilleure preuve en était qu’elle fut l’un des distributeurs officiels des vins de la Romanée-Conti dans les années 1930. Une époque faste où l’entreprise vend des vins dans les lieux les plus chics, de l’Orient-Express aux paquebots de la mythique compagnie Cunard. Un développement poursuivi avec les générations suivantes qui vont rapidement se tourner vers l’export. Mais certaines décisions malencontreuses d’achats de vignes au début des années 1990, en pleine crise économique et guerre du Golfe, vont précipiter la fin de la maison qui sera finalement vendue en 1993 et jamais plus vraiment exploitée depuis. Une histoire qui aurait pu s’achever ainsi. Mais c’était sans compter sur l’attachement de Laurent Delaunay à cette Bourgogne familiale qu’il comptait un jour reconquérir.

Du Languedoc à la Bourgogne

Avec son épouse Catherine, ils ont investi 25 ans de leur vie dans un projet viticole languedocien faisant la part belle à une marque, les Jamelles. Une réussite qui leur permettra d’étoffer leur groupe Badet-Clément avec le rachat en 2003 de la société DVP, un important distributeur de vins de domaines bourguignons. Un point clé qui va leur permettre, une quinzaine d’années plus tard, de relancer la marque Édouard Delaunay, rachetée en novembre 2017. En l’espace d’un an, d’immenses travaux ont été réalisés dans le château familial situé dans les hautes-Côtes et lui aussi racheté à cette période. Une cave flambant neuve, dotée de petites cuves pour coller au plus près à la mosaïque de terroirs en Bourgogne.

Mais Édouard Delaunay est un négociant et le plus difficile demeure les approvisionnements. Pourtant, une bonne étoile va alors briller au-dessus du projet. De nombreux vignerons vont accepter de fournir du raisin ou du vin, convaincus par la sincérité de la démarche. Les origines bourguignonnes historiques et la présence forte de Badet-Clément dans la distribution de vins locaux ont joué également. Pour le premier millésime qui sera présenté en février 2019 à Paris, la maison Édouard Delaunay dispose déjà d’une gamme enviable, centrée sur la Côte de Beaune et la Côte de Nuits. De la jeune appellation « Bourgogne Côte d’Or » aux grands crus (Corton, Corton-Charlemagne, Charmes-Chambertin, Clos-Vougeot), c’est plus d’une vingtaine de références qui seront disponibles. Une palette déjà étoffée en 2018 avec, notamment, de rarissimes Griottes-Chambertin et Montrachet ! Nul doute que les amateurs auront à cœur de découvrir des vins dont la qualité, espérons-le, sera à la hauteur des efforts immenses déployés pour redonner un avenir à cette belle histoire de famille.