Chaque année, plus d’une dizaine de propriétés certifiées « agriculture biologique » sont présentes à l’Espace Encan. Nous avons interrogé trois domaines bios de Bordeaux, du Languedoc et de Loire sur ce mode de culture.

Alors que le débat sur les pesticides est au cœur de l’actualité, en agriculture comme en viticulture, le bio est sur toutes les lèvres. Ce mode de culture qui bannit le désherbage chimique et l’utilisation de produits de traitement de synthèse, nourrit l’ambition de favoriser une vie des sols pérenne et une culture plus durable. Pourquoi le bio ? Nous avons fait le point avec trois viticulteurs convaincus, présents en ce week-end rochelais : le château La Croix de Pawlowski, en Côtes-de-Bourg (Bordeaux), le domaine Borie de Maurel en Minervois (Languedoc) et Closerie de Chanteloup à Montlouis-sur-Loire.

Château La Croix de Pawlowski, Côtes-de-Bourg (Bordeaux)

Pour Elizabeth Pawlowski, à la tête avec sa mère d’une propriété bordelaise de 18 hectares, le bio est une évidence. Déjà exploitée selon les principes de l’agriculture biologique (pas d’insecticide, de désherbant, d’engrais chimique) depuis son acquisition par la famille Pawlowski en 1990, la propriété est certifiée depuis 2012. Même si « produire bio n’est pas toujours chose aisée, car cela demande énormément de travail, et engendre une plus grande vulnérabilité face aux aléas climatiques, il est tout simplement inenvisageable pour nous de faire autrement » affirme la jeune femme. Ses motivations ? « On ne fait pas du bio ni pour le commerce, ni par mode. Mais par conviction. Je ne veux pas m’empoisonner ni empoisonner les consommateurs » explique-t-elle. Quant à l’impact de la culture bio sur le vin, elle « reste persuadée que l’on peut faire du très bon vin sans ajouter de produits chimiques. Sans engrais, les baies sont plus concentrées, la matière première n’en est que meilleure » assure-t-elle. La propriété produit en AOC Côtes-de-Bourg deux cuvées rouges et une cuvée blanche, fait rare pour l’AOC Côtes-de-Bourg, mais aussi du rosé et du blanc en vin de France, dans une gamme de prix comprise entre 6 et 13€ la bouteille.

Domaine Borie de Maurel, Minervois (Languedoc)

A Félines-Minervois, celui que l’on surnomme « le sorcier de Félines » (de son vrai nom Michel Escande) veille depuis 1989 à la destinée de ce domaine de 39 hectares. Perchées à 300 mètres d’altitude, dans un paysage typiquement méditerranéen, les vignes côtoient garrigue et maquis. Le bio? Une philosophie de vie pour celui qui veut croire en les trésors de la nature. D’après Nathalie Ricaud, représentante de la propriété sur le salon, la certification est la continuité logique du travail du viticulteur depuis l’acquisition de la propriété. » Le bio est une question éthique importante. Michel Escande a toujours eu la volonté de respecter la nature. » La propriété a obtenu le label en 2013. Mourvèdre, syrah, grenache, carignan pour les rouges, marsanne et chardonnay pour les blancs permettent le production de deux cuvées blanches monocépages, d’un rosé, et de six cuvées rouges. Des vins « toujours vinifiés avec régularité et stabilité, pour une qualité des arômes et de goût », dans une vaste fourchette de prix (7-27€).

Closerie de Chanteloup, Montlouis-sur-Loire (Loire)

Déjà viticulteur sur quatre hectares à Amboise depuis 2002, Vincent Guichard forme depuis 2007 un trio avec Willy Debenne et Frédéric Plou, deux jeunes autres vignerons. Ensemble, ils ont constitué un domaine de 22 hectares, entièrement certifié bio depuis 2015. Là encore, le label ne fait qu’entériner un état de fait antérieur. « Je ne sais pas faire autrement » constate le jeune homme. Mais si supprimer les désherbants n’a pas été complexe du fait du travail déjà réalisé sur les sols, l’agriculture biologique a imposé une vigilance accrue à Vincent Guichard. « Lorsqu’il y a beaucoup d’humidité, avec une pression forte du mildiou, comme en 2012 et 2013, c’est plus délicat de maintenir une récolte saine, et les rendements sont moins importants » explique-t-il. Pour autant, soucieux de « ne pas empoisonner les hommes et l’environnement », il ne changerait pour rien au monde ses méthodes de travail. Et ce d’autant que l’impact sur le goût des vins est, selon lui, palpable, avec des crus « plus structurés, au goût plus profond. » La propriété produit une dizaine de cuvées, majoritairement en AOC Touraine Amboise, mais aussi en AOC Montlouis-sur-Loire et en AOC Touraine, dans une fourchette de tarifs de 6 à 12€. Depuis cette année, un autre des associés, Willy Debenne, s’est également lancé dans la production de bière… bio, bien sûr !