(photo JM Brouard)
(photo JM Brouard)

Grande figure du Bordelais, le consultant mondialement connu ne s’y limite pas et apporte son expertise à de nombreux vignobles dans le monde, toujours avec la même vision qui a fait son succès.

A n’en pas douter, Stéphane Derenoncourt aime la Méditerranée. Il suffit de se pencher sur la liste de domaines qu’il conseille pour s’apercevoir que nombre d’entre eux couvre tout l’arc méditerranéen. Du Maroc (domaine de Baccari) à la Turquie (Kavaklidere), de la Grèce (T-Oinos) à Israël (Yatir – Carmel winery) sans oublier évidemment l’Italie (tenuta Casenuove, tenuta Argentiera, la Massa), la diversité des vignobles et des cultures montre la grande ouverture de l’homme. Le point commun entre tous ces clients est qu’ils recèlent tous un grand potentiel qualitatif et des identités fortes. A l’image des autres propriétés qui ont également fait appel aux équipes de Derenoncourt Consultants en Autriche (Esterhazy), au Portugal (Quinta da Corte) et en Angleterre (Coates & Seely). Leur travail n’est toutefois pas évident. En dehors de leur base bordelaise, chaque nouveau vignoble à conseiller est une découverte. Il faut le temps pour en appréhender toutes les spécificités afin de ne pas calquer des recettes universelles qui conduiraient certainement à de piètres résultats. Les sols granitiques et de micaschistes grecs ne s’apprivoisent pas comme ceux, argilo-calcaires et basaltiques, israéliens ou les sols argilo-graveleux et sablo-calcaires turcs. Ajoutez à cela des cépages souvent autochtones (narince, ökügözü, kalecik karasi en Turquie, asyrtyko et mavrotragano en Grèce, touriga franca, touriga national et tinta cao au Portugal…) et l’équation devient beaucoup plus complexe. Et pourtant, à la dégustation, une ligne directrice ressort, celle de la lisibilité du terroir, de l’expression franche des lieux. La signature Derenoncourt.

Fraîcheur et droiture

L’ère des vins très travaillés, où la vinification façonnait les jus en s’écartant de leur pureté originelle, semble derrière nous. Depuis bien longtemps, Stéphane Derenoncourt a adopté une position de respect du vignoble. Point de recherche du toujours plus mais plutôt du juste à point. Le Princesa 2015 de la quinta da Corte dans le Douro en est un exemple flagrant. Son nez profond, complexe bien marqué par le poivre révèle une bouche extrêmement souple dont les tannins donnent du peps à l’ensemble. La cuvée « prestige ökügözü » 2012 de Kavaklidere, née dans l’est de la Turquie, s’avère de son côté très ronde et tout en fruit. La finale, plus rustique, rappelle que ce cépage peut vite donner des tannins durs. Il est donc travaillé avec beaucoup de vigilance et de délicatesse. L’extraction ne dure qu’une journée et demie pour obtenir la matière nécessaire, révéler son caractère mais éviter les écueils de lourdeur qui apparaîtraient au-delà… Et que dire du « clos Stegasta asyrtyko » 2017 du domaine T-Oinos. Sur cette île grecque, les températures s’envolent vite et les vins blancs peuvent en pâtir. Mais ici, la fraîcheur du vin est tout bonnement édifiante, l’acidité sur ces sols volcaniques permettant de conserver un bel équilibre compte tenu de la matière imposante. Un tour de force. Et quand Stéphane et ses équipes retrouvent des cépages connus comme le cabernet franc et la syrah au Maroc, ils en tirent le meilleur à l’instar de la cuvée « première de Baccari » 2015 très charmeuse, puissante mais digeste et dotée d’un vrai potentiel de vieillissement. Autant d’exemples qui confirment le savoir-faire d’un homme et de son équipe, légitimant, si cela était nécessaire, leur rôle dans les vignobles du monde entier.