Hier se tenait à Paris le salon Vinapogée, rassemblement de très bons domaines qui présentaient certains de leurs vins à maturité. Une expérience riche et unique.

Qu’il est rare aujourd’hui de pouvoir se rendre compte du potentiel incroyable de certains vins. Les vinifications ont bien sûr évolué au cours des dernières décennies, permettant de boire beaucoup plus rapidement certains crus. Pourtant, le fruité éclatant de certaines belles et jeunes cuvées laisse souvent la place, quelques années de vieillissement plus tard, à des vins d’une toute autre profondeur et complexité. Malheureusement, le temps n’est plus à la conservation des bouteilles pour de multiples raisons. La vie de plus en plus citadine avec ses immeubles aux caves trop chaudes n’est absolument pas adaptée. Les conditions optimales de conservation des vins ne sont en effet que rarement réunies dans nos habitats modernes et les caves à vins d’appartement ne permettent généralement pas de stocker un nombre conséquent de bouteilles. La sanction est alors presque toujours la même : une ouverture prématurée du flacon. Et avec elle, le sentiment de passer à côté d’un univers bien plus fascinant, celui des vins qui ont pris le temps pour se patiner, se polir, gagner en émotion bien souvent. A ce titre, les vins présentés lors de cette troisième édition du salon Vinapogée hier à paris étaient un plaisir particulier parce que rare.

Du Bordelais à la Champagne

Contrairement à certaines idées (encore) reçues, toutes les régions viticoles produisent certains vins qui peuvent vieillir. Si l’on connaît généralement davantage les vieux bordeaux ou les vieux vins du Rhône, les champagnes sont aussi de sérieux candidats à l’oubli en cave. Lors d’un atelier animé par Olivier Poussier et le grand fromager Bernard Antony, plusieurs pépites ont ainsi été présentées. En point d’orgue, deux champagnes de 1989 à la puissance encore impressionnante qui faisait merveille avec les fromages à croûte fleurie présentés. Le blanc de blancs Chouilly grand cru extra-brut 1989 de Vazart-Coquart aux notes d’amandes, d’abricots secs, de feuilles mortes, d’humus fondait un ménage harmonieux avec un chaource fermier. Un camembert fermier était pour sa part en pamoison devant la cuvée Charly 1989 de Charles Heidsieck, une force de la nature indispensable face à la prestance du mets. Une explosion d’arômes fumés et grillés et une densité rare avec un côté très séveux en bouche. Une merveille. Mais dans le reste du salon, les vignerons présents faisaient découvrir avec bonheur leurs productions après quelques années. Parmi les bouteilles remarquables, on peut citer le château Guadet 2008 à l’intensité lui promettant encore de longues années de vie ou bien encore la cuvée jubilé 2002 du château de Pibarnon. Un Bandol mythique qui prouvait une fois de plus la grande élégance du mourvèdre et sa capacité à vieillir plus qu’admirablement. Impossible de tout citer mais le domaine Cosse et Maisonneuve a encore fait parler de lui avec « les laquets » 2002, un Cahors brillant, au nez de zan, charnu et velouté. Un adolescent à suivre pendant longtemps.