C’est un cabotage ampélographique qu’a offert avec brio le sommelier Philippe Faure-Brac lors d’une Master Class dédiée aux cépages emblématiques des grandes îles de la Méditerranée, dans le cadre du salon Vinisud.

Vent arrière jusqu’à la Corse où le Biancu Gentile fait parti des cépages identitaires remis au goût du jour depuis une trentaine d’années et dont on compte une petite quinzaine d’hectares seulement sur toute l’île. Pour l’illustrer avec précision Philippe a choisi Yves Leccia, domaine d’E Croce. Ce millésime 2013 est encore cristallin, à reflet vert, avec une attaque franche et un équilibre savoureux en bouche conjuguant ampleur et fruit, laissant les papilles salivantes en quête d’un brucciu frais aux herbes du potager ! On note la dénomination en IGP Ile de Beauté, le biancu gentile, corse jusqu’au bout du sarment, n’ayant pas encore trouvé à s’amarrer dans le décret d’appellation !

Cap sur la Grèce pour jeter l’ancre devant d’île de Santorin, berceau de la viticulture en Mare Nostrum. Dégustation de l’Assyrtiko en AOP Santorini au domaine Sigalas. Notons au passage le sol volcanique, dénué d’argile, où le satané Phylloxéra n’a pas eu de prise, et où l’on retrouve donc un patrimoine ampélographique originel. Ce 2014 évoque une brise de tilleul frais puis claque au vent avec une attaque presque frisante, une franche minéralité et une option gourmande sur la garde. Le grand sommelier capitaine de cette expédition le recommande aujourd’hui avec un gaspacho aux crevettes.

Tirons un bord droit vers Porquerolles où le domaine de la Courtade nous attend avec un vermentino 2015 en AOP Côtes de Provence. Ici le schiste se mêle au sable pour porter des vignes dans un environnement protégé et donner à ce vin un bouquet de ciste et de fleurs blanches, des senteurs de pinède, une fraicheur marquée et une belle longueur. Pour en avoir eu longtemps dans ma cave, je confirme le potentiel de garde et l’accord de rêve, les années aidant, avec une sélection de pâtes dures bien affinées.

Glissons sous le vent pour rejoindre l’Est de la Sicile. Le domaine Passopisciaro nous y attend avec son Nerello Mascarese 2012 en IGP Etna. Un nez explosif et sanguin, une palette sauvage de cuir et de cacao, des tanins de beau sicilien, un peu accrocheurs… on lui promet un canard à la broche.

Virement de bord pour rejoindre l’archipel croate face à Split, en plein renouveau viticole. Sur l’île de Hvar, la vigne n’a jamais perdu pieds. Le Plavac grand cru 2010 signé Zlatan Otok, cousine avec le Zinfandel, et livre un zéphyr épicé, des senteurs de cuir et de café, une bouche solaire et généreuse toute en souplesse avec des tanins très enrobés. Philippe Faure-Brac fait vibrer son équipage avec la promesse d’une joue de bœuf confite !

Dernier appontage à l’île d’Elbe. Notre navigation se termine en beauté et en douceur avec l’Aleatico passito dell’Elba, de la famille des muscats mais à grain rouge, conçu avec la méthode du passito (séchage partiel des grappes sur cagette ou dalle de pierre), pressurage puis long élevage en fûts. Ici la robe acajou ne laisse rien soupçonné de la finesse et du bouquet explosif de rose et cerise confites, de figue moelleuse, de café léger. Sa texture de dentelle laisse rêveur.

Chaque matelot peut mettre pied à terre pour poursuivre par une exploration terrestre tous ces vignobles iliens aux cépages méconnus que Philippe Faure-Brac a su dévoiler avec la chaleur, l’érudition et l’enthousiasme qu’on lui connaît. Restons à quai !